L'Etoile flamboyante de Jacques Trescases



L'Etoile dans toutes ses nuances…


Histoire de l'Etoile : le pentagramme serait l'enfant d'Isis et d'Osiris (la Terre-Mère et le Soleil) mais aussi le symbole de la déesse grecque de la santé, Hygie. Les pythagoriciens ont vénéré le pentagramme en le choisissant comme emblème et centre de leur méditation. Il apparaît plus tard sur la crèche de Bethléem pour figurer le mystère de l'Incarnation. de longs siècles s'écoulent. On retrouve le pentagramme dans les cathédrales du Moyen Age et il devient le symbole des francs-maçons. Comment expliquer ce voyage du pentagramme par-delà le temps et l'espace ? Jacques nous explique les raisons d'un engouement :


Pourquoi Hygie et le pentagramme vont bien ensemble ? parce qu'ils représentent la modération, l'équilibre, la prévention plutôt que la guérison.


Pourquoi les pythagoriciens adulaient le pentagramme ? parce qu'il est représentatif des lois de l'harmonie et qu'il constitue une application de la divine proportion qui s'exprime par le nombre d'or.


Etc.
(théorie des correspondances et loi de simultanéité plutôt que causalité.)


On trouve le pentagramme facilement dans la nature, pour peu qu'on se donne la peine de le chercher : l'étoile de mer, la fleur de poirier et la fleur d'églantine ont un axe de symétrie à base 5, comme le pentagramme. Dans le cerveau aussi, on peut tracer des pentagrammes un peu partout, pour relier les centres corticaux du langage vu en coupe verticale ou horizontale. Enfin, si vous regardez des photos de ballets, par exemple avec Dominique Khalfouni et Michaël Denard dans Roméo et Juliette, ou Karen Kain et Cyril Atanassoff dans Nana, vous verrez qu'on peut tracer des pentagrammes autour des poses les plus emblématiques du spectacle. Regardez autour de vous, n'importe où : vous arriverez bien à trouver un pentagramme vous aussi. Et là où se trouve le pentagramme, là se trouve la vie, les mecs.

Tracez les pentagrammes

On trouve aussi le pentagramme sur une carte de France, si on veut, en reliant les cathédrales d'Amiens, de Reims, de Sens, de Chartres et de Rouen d'une part, et de Paris, Dijon, Valence, Nantes et Bordeaux d'autre part. Les autres cathédrales de France ne forment pas de pentagramme, on ne sait pas pourquoi, tant pis. Ça peut donner des idées d'excursion touristique pour devenir peut-être un peu moins bête.

Touriste se cultivant


Dans les cathédrales elles-mêmes, on retrouve le pentagramme dans le choeur et comme structure de l'ogive. le pentagramme aurait même quelques similitudes avec le labyrinthe : les profanes ne savent pas qu'il existe un chemin qui mène droit au centre et à la lumière alors que les initiés n'ont pas peur et ils avancent sans crainte.


Suite à quoi vous pourrez apprendre à tracer un vrai pentagramme en vous servant uniquement d'une règle et d'un compas. Je regrette néanmoins de constater que depuis mon épreuve de maths du bac scientifique, je n'ai conservé ni l'un ni l'autre. J'ai donc dû me contenter de faire l'expérience dans ma tête ; eh bien je peux vous dire, ce fut un brillant succès ! Pour se souvenir de la méthode, les compagnons chantaient une petite chanson en secret : « Un point dans le cercle / Et qui se place dans le carré / Et dans le triangle / Connais-tu le point ? / Tout est bien / Ne connais-tu pas le point / Tout est vain. »


On apprend que les bâtisseurs de cathédrale au Moyen Age ne rigolaient pas comme nous avec le boulot. Ils bossaient pour vivre, bien sûr, mais ils bossaient aussi pour s'accomplir physiquement et spirituellement, et on ne peut pas en dire autant de la plupart d'entre nous. L'oeuvre achevée de la cathédrale représentait donc un peu la synergie de toutes ces volontés d'accomplissement individuels, c'est pourquoi que c'est aussi beau et grandiose, et aussi sinistre quand on se regarde soi-même et qu'on se demande : qu'est-ce que j'ai branlé pendant toutes ces années ?


Le travail de construction des francs-maçons a aussi une valeur spirituelle : la taille de la pierre devrait nous inspirer pour dégrossir notre âme et la transformer en une parfaite pierre cubique. La construction du temple nous donne un modèle de représentation du cosmos et on doit faire pareil dans nos vies, organiser le chaos pour construire l'univers.


Bref, le pentagramme c'est vraiment un truc chouette, mais parfois les francs-maçons utilisent aussi une étoile avec six branches, alors est-ce que ça change tout ? Pas tellement en fait quand on sait que le 2 c'est le chiffre de l'homme et le 3 le chiffre de la femme. Avec l'étoile à 5 branches, on additionne l'homme et la femme tandis qu'avec l'étoile à 6 branches, on croise l'homme et la femme dans un accouplement physique et spirituel digne du plus élégant des hiérogamos. Il résulte de l'étoile à 6 branches l'homme parfait équilibré et établi tandis que celui qui s'échine avec l'étoile à 5 branches a encore du boulot à faire.

Le signe d'un mariage réussi


Le problème de l'être humain c'est de pas savoir où il se trouve, entre l'animal et l'homme véritable (on pense à Nietzsche alors qu'en réalité, ce n'est pas ça du tout). L'animal a l'avantage, nous dit Jacques, d'être sûr de ce qu'il fait grâce à son instinct, mais l'homme a perdu tout contact avec ses bases primitives et son imagination le pourrit de l'intérieur. On peut rééquilibrer la tendance imaginative par l'intellect, nous suggèrent certains diseurs de bonne aventure, sauf si ça aussi c'est de l'imaginaire mais enfin, au bout d'un moment, il faut bien définir quelque chose de solide. Alors on choisit un peu n'importe quoi.


A partir de là, le livre se détraque quelque peu (on sentait quand même avant que ça allait partir en couilles). Jacques nous submerge de définitions sur le désir, l'affectivité, l'intelligence, et on a l'impression de lire un vague essai ressemblant à ce que l'approximatif Teilhard de Chardin a pu écrire à d'autres époques. Les bonnes intentions gorgées de réductions conceptuelles hasardeuses dégorgent des pages. La culpabilisation bat son plein. Encore une fois, nous apprendrons que nous ne sommes que de vils êtres hantés par le péché et que nous devons aspirer à nous élever au-delà de la matière et des contingences terrestres. Des efforts ! encore des efforts ! nous exhorte-t-on. Fuck off.


D'accord. Ensuite on apprend que les pointes du pentagramme sont représentées chacune par une planète, avec les caractéristiques qui vont avec. En partant du sommet puis dans le sens horaire, on trouve Jupiter, le Soleil, Vénus, Mars et la Lune. A partir de là, et selon la symbolique afférente à chaque planète, on en déduit que le psychisme humain est parfois obligé de prendre des voies détournées pour lier des aptitudes différentes. Vénus (excitabilité, émotivité), par exemple, ne va jamais joindre directement le Soleil (intelligence, raison) ou Mars (action, réactivité).


Ceci débouche sur une curieuse partie ainsi nommée :
« le fonctionnement sain, ou normal, du psychisme humain peut être retrouvé à partir du schéma figurant l'évolution de la vie aux stades antérieurs ».

Il existerait donc un mode d'emploi de l'appareil psychique qui existait de toute date et que l'être humain a perdu en cours de route. Comme moi quand je pars faire du camping et que j'oublie de prendre mon sac. Au fait, si des fois vous vous demandiez ce que c'est que la vie, Jacques nous dit qu'elle peut être figurée par la collision entre Mars et Vénus sur une ligne pointillée allant de A à B, chose très mystérieuse qui nous prouve à tous que nous sommes loin du compte. L'émergence de l'être humain sur cette figure harmonieuse et linéaire de la vie introduit une coupure : ainsi donc, le schéma de la vie humaine est un cas à part que l'on peut représenter d'une part par une ligne pointillée intitulée « psychisme » sur laquelle se dresse la Lune et d'autre part par une ligne pointillée intitulée « soma-matière » sur laquelle domine Mars. Les deux planètes ne sont plus reliées car il y a rupture entre notre excitabilité et notre réactivité par sublimation de nos instincts selon un schéma évolutif puissamment démontré par Darwin. C'est-il donc que tout cela doit bien servir à quelque chose.


L'étoile renversée, c'est le symbole du diable (d'ailleurs, on peut dessiner une tête de bouc à l'intérieur, c'est dire). Ici, la Lune (imagination) domine et le subconscient s'emballe, soumettant l'intellect à la recherche frénétique des satisfactions refusées. Comment faire alors ? Eh bien c'est ce que nous raconte tout le livre depuis le début ! Parti à la quête de l'étoile à 5 branches dans le bon sens en se livrant au chemin initiatique de dépouillement, jusqu'à ce que le subconscient ferme sa gueule pour laisser place à l'instance supérieure, j'ai nommé le surconscient.

Plus rien ne va


La démarche de ce livre est incontestablement bonne et bien intentionnée mais elle se réfugie dans des mots et des schémas qui veulent tout élucider et qui, se faisant, réduisent toute démarche initiatique à une équation inscrite à la craie sur un tableau noir. Une expérience morte, peut-être, une expérience qui s'ignore en tout cas. L'initiation semble devoir conduire à un consensus que Jacqouilles la Fripouille exprime de la sorte : 
« [l'initié] est totalement affranchi de la dictature de son environnement, il est maître de lui et de l'univers (de son rapport avec l'univers) qu'il comprend, assume et féconde. Il est maître de ses émotions et de ses désirs, de leur épuration de toute affectivité, de leur spiritualisation, de leur réalisation ou de leur sublimation.» 
L'initié serait donc un homme qui ignore tout de ses déterminations inconscientes et qui s'imagine maîtriser totalement son environnement extérieur et intérieur en se contentant de maîtriser ses pulsions, mais en ne s'interrogeant jamais sur la forme de conditionnement que le discours initiatique lui a imposé sur son chemin de bataille, en ne se demandant jamais pourquoi il en est venu là, en ne se demandant pas ce qui le maîtrise pendant qu'en sa bonne volonté consciente, il se fait une gloire de surmonter d'anciens désirs tyranniques. Jacques finit par s'en rendre compte dans une partie intitulée « L'homme est faible, exposé à la chute : l'étoile tend constamment à se disloquer, puis à se retourner » mais il accuse « la défaillance psychique », « le malfonctionnement de notre psychisme », se fatiguant à combattre ce qui n'est qu'une illusion de la toute-puissance consciente.


Hormis ces quelques détails, vous trouverez de splendides photos et d'impressionnants dessins glissés dans les pages de ce livre, et ils seront même colorisés si vous vous procurez la 7e édition. Vous pourrez ainsi voir que le pentagramme nous fait signe tout le temps et que si ses clins d'oeil s'adressent à chacun d'entre nous, ce n'est pas que nous sommes fous, non, c'est que nous avons à l'entendre narrer son histoire symbolique. Voilà qui est fait. Cela parlera peut-être à certains mais pour moi, le symbole est définitivement mort et restitué à sa dignité de signe sans saveur. le voilà désormais libre de se métamorphoser encore à sa guise.

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