Psychologie transpersonnelle de Stanislav Grof



Encore un petit livre sur des méthodes thérapeutiques. On ne sait plus où les foutre. Quand c'est que ça va s'arrêter ? Tout ce que je peux dire c'est que le bouquin a traîné pendant un moment sur le transat. Les chats ont cessé de venir chier dessus et j'ai pu me faire de nouveaux amis humains qui, de passage dans la piaule pour boire une bière, se sont enfin intéressés à mes lectures (la plupart préférant cependant candy crush). Ce ne fut qu'un semi-triomphe car malgré sa couverture stroboscopique, ce bouquin n'a rien de sensasse. Pas très complexe malgré le titre, étrange, je ne dirais pas non plus, intéressant si on est très curieux, foutraque sans doute plus que tout. Certaines personnes ont tellement de choses à dire alors que d'autres sentent le silence vaciller au-dessus d'eux comme une épée de Damoclès, et je fais partie de ces personnes-là.


On sait que certaines méthodes thérapeutiques se basent sur ceci, d'autres sur cela, celle-là s'est dit : tiens, on en parle jamais du moment de la naissance, si on faisait un truc là-dessus ? Bon, c'est vrai, Otto Rank avait déjà écrit le traumatisme de la naissance mais il se contentait – pauvre hère – de nous dire que la naissance était un moment d'intense terreur qui formait un genre de moule dans lequel nos plus grandes terreurs viendraient ensuite se couler, comme un bronze dans la cuvette hygiénique de nos intérieurs. GROF plonge les mains dans le bidet et imagine ce que ça fait d'être un bébé en train de se faire jarter hors de l'utérus.


GROF systématise l'expulsion en 4 étapes :
- Matrice I : état de complétude, de paix et de bien-être, harmonie universelle, aucune tension sexuelle (le saint des saints).
- Matrice II : compression, premiers mouvements pour sortir, ça picote et le doute s'immisce.
- Matrice III, suite de la compression mais un peu différent quand même, ça va exploser, il faut que ça sorte, rage et désespoir.
- Matrice IV : délivrance dans la douleur mais aussi sentiment de plénitude parce qu'on a traversé les enfers et qu'on renaît dans une nouvelle vie différente de la précédente, orgasme.


GROF interprète la plupart des symptômes des troubles psychologiques en les reliant à l'une de ces sphères. Je n'ai pas trop retenu parce que ce système est prévisible comme un film de Luc Besson. Par exemple, si tu en as chié dans la matrice II, tu auras tendance à développer une névrose des espaces clos, de la kleptomanie, des perversions sexuelles, le tout assorti d'une file d'archétypes tous plus archétypiques les uns que les autres, c'est le cas de le dire, piochez au choix et prenez ce qui vous semble le plus vraisemblable. Heureusement, GROF précise quand même que les traumatismes subis au cours de la naissance ne forment qu'une lie d'humus fertile sur lequel pourront venir pousser avec bonheur les symptômes que notre vie sur terre nous auront permis d'entretenir avec plus de vigueur et de ténacité que d'autres.



Pendant un moment, GROF compare son système avec ceux d'autres mecs issus de la psychanalyse et de la psychologie déviante et innovante (choisissez le terme en fonction de si vous êtes pour ou contre puisque vous avez forcément un avis vous qui savez tout). On parle de Wilhelm ReichAlexander LowenOtto Rank, Ferenczi, Adler, Maslow, Jung et bien sûr Freud, entre autres dont je n'arrive plus à me souvenir, comme si j'avais un cheveu sur la soupe.


Cherchez le cheveu

Ensuite, et je ne sais plus par quel merveilleux tour de prestidigitation, on passe à un développement fort intéressant sur ce qui sépare la mentalité de l'homme hylotropique (de hylo- qui se rapporte aux choses concrètes et terrestres, donc sans doute matérielles) à l'homme holotropique (de holo- qui désigne le grand tout). On notera que hylo- et holo- ne sont pas strictement opposés, mais pourquoi pas après tout, la contrepèterie sonne agréablement aux oreilles. Ce développement, vous l'aurez deviné si vous connaissez mes petites marottes (mais ce n'est pas le cas), se poursuit avec force pertinence par une critique de la mentalité moderne productiviste qui se déplace à travers le monde avec une calculatrice dans les mains en oubliant presque de bander. Pour faire fi de ce conditionnement privilégiant le culte de la réussite au lieu de la palpitante vie foirée, GROF nous invite à nous débarrasser des quantités d'énergie incroyables que nous avons emmagasinées lors des traumatismes subis en série dès notre naissance et répétées par la suite. T'inquiètes pas, c'est pas compliqué : tu t'assois par terre sur un petit tapis, on te met un peu de musique idoine, tu fermes les yeux, tu respires profondément et ensuite, il faut s'imaginer un genre de ciel. A ce moment, les émotions et les sensations sont censées survenir comme une pluie de tarentules un beau jour d'été. Observez ces sensations, vivez-les à nouveau, comme le jour de votre naissance, et exprimez-les encore : hurlez, pleurez, riez, roulez-vous en boule, chiez-vous dessus ou faites n'importe quoi d'autre pour libérer cette énergie qui, dans la vie quotidienne, on le sait, vous pousse à faire un peu n'importe quoi. Et si rien ne vient, tant pis, c'est pas mal quand même. Voilà ce que c'est la psychologie transpersonnelle.
LSD hyperpersonnel


Pour tout ça, GROF s'est inspiré des recherches sur le LSD qui prouvent que lorsqu'on ne l'utilise pas pendant des raves, il peut entraîner chez certains consommateurs une augmentation exponentielle du champ de conscience, un peu comme dans ce qu'on croit comprendre des textes des traditions spirituelles les plus anciennes. Mais alors ?? mais alors !! tout se rejoint ? C'est bien pratique. GROF nous explique alors que l'état de conscience holotropique, c'est de savoir qu'il existe un état de conscience ordinaire, bien utile dans la vie de tous les jours pour faire ses courses, aller au boulot et avoir des conversations avec son conjoint, et un état de conscience qui nous ouvre sur d'autres dimensions où l'infini de l'univers se mêle à une conscience aiguë de la similitude entre toutes les formes d'êtres qui peuplent notre planète et que l'amour relie au-delà des apparences. La conscience holotropique ne néglige pas ce transcendant et si GROF nous parle d'une psychologie transpersonnelle, c'est parce qu'il pense que notre salut viendra de l'oubli de notre individualité considérée comme isolée, insignifiante et sans salut.


Quand les idéaux de la République sont morts, il reste heureusement la psychologie transpersonnelle pour se rétablir dans la liberté, la fraternité et l'égalité. Bonne renaissance.

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