Le chroniqueur sans coeur de Francesco Abata




Cela fait quelques semaines que je me suis dit : retrouve ta liberté de lectrice. Autrement dit, je ne me trimballe plus avec ma liste de trucs à lire lorsque je vais me détendre les jambes à la bibliothèque. Autrement dit, je troque la liberté préparée de mes présélections pour la liberté du moment. Laquelle vaut mieux que l’autre ? Sans doute aucune, sans doute serait-ce de ne plus se sentir obligée de lire mais depuis le temps, je ne sais pas ce que je ferais de mieux à la place.


La liberté, cette chèrote, ne savait pas où aller se loger et cette conne est tombée sur la gondole des coups de cœur des bibliothécaires. Le piège du débutant. Bordel, ça faisait des années que je ne m’étais plus demandée ce que les bibliothécaires recommandaient à nous, leurs usagers des biens publics. Les bibliothécaires m’ont toujours semblé cons, ce qui n’est sans doute pas sans rapport avec mon idée de passer cette année le concours de la fonction publique pour faire biblio au cas où je sais plus quoi faire d’autre de ma vie. Peu importe de faire un boulot de con, on sait bien qu’il y a des exceptions, le plus important c’est d’essayer de pas le devenir mais vous savez aussi bien que moi que ça va vite… Bref, c’est comme ça que j’ai découvert ce bouquin. Allez, il avait pas l’air pas mal parce que 1) c’est l’histoire d’un journaliste raté et j’aurais bien aimé pouvoir être journaliste pour dire tout ce que je pense aux autres, quant à être ratée je connais ; 2) sans cœur c’est toujours plus rigolo quand on lit que quand on y vit ; 3) ça avait l’air court et écrit gros donc si c’était de la merde (j’avais quand même un mauvais pressentiment, c’est mon genre de sixième sens) ça prendrait pas trop de temps.


Résultat, c’est pas terrible. Une petite bite qui s’agite dans tous les sens mais qui reste désespérément molle, comme de la pâte à sel qui ne veut pas sécher et qui ne tient pas dans l’armoire des figurines.


La liberté est bien souvent un leurre. C’est une solution de facilité qui nous éloigne toujours plus de nous. Ça fait plaisir sur le coup, et après on se dit qu’on s’est quand même bien fait chier. Enfin, je m’en tiens au domaine des livres, pour le reste c’est sans doute plus compliqué.