samedi 4 juin 2016

Mort ou pas ? de Pim van Lommel



Pim van Lommel a une idée : la conscience n'est pas un phénomène matériel dont l'origine se rattache à l'organe du cerveau mais elle constitue un phénomène global (non-local). Pour donner vie à cette hypothèse, il évoque son expérience professionnelle de cardiologue puisqu'elle l'a confronté à de nombreux patients témoignant d'expériences de mort imminente. 

Raymond Moody le premier avait parlé de ces expériences en 1975. Pendant de nombreuses années, les gens s'en foutaient, environ. Depuis une dizaine d'années, un engouement a transformé le sujet en phénomène quasi populaire. Ça ne veut cependant pas dire qu'il soit en passe de devenir légitimement reconnu. Au mieux, cet attrait peut révéler certaines choses sur les angoisses et les attentes d'une population en manque de repères symboliques –on se souvient de C. G. Jung qui interrogeait le phénomène des soucoupes volantes dans les années 30 en se demandant pourquoi ces années en particulier connaissaient un déferlement de témoignages qui, par la suite, s'avéraient bien souvent nauséabonds.


Le bouquin dont il est ici question est bien moins subtil que celui de C. G. JungPim van Lommel se fout de notre gueule et pourtant, ça partait de bonnes intentions. Il est certes utile de dire que système scientifique classique ne devrait pas constituer notre unique grille de lecture du monde –qu'on relise Feyerabend- mais remplacer ce système par l'énumération d'arguments émotionnels en disant qu'enfin, on accède à LA vérité (si tant est qu'elle existe), c'est une substitution qui ne vise pas à faire franchir un palier supérieur aux mentalités mais à leur donner une impression de maîtrise juste parce qu'on a changé de couleur de papier-peint. 


Les plus grosses esbroufes que l'on vous présentera ici comme des avancées scientifiques (acquises par des moyens non scientifiques) :
- Les témoignages permettraient de dégager un récit d'expérience-type. 
- Après l'expérience de mort imminente, le sujet peut connaître des changements de personnalité importants.
- Les textes mystiques et religieux nous informent, depuis des décennies, sur des phénomènes qui ressemblent fortement à des EMI.

Ce que l'on omet de préciser, ou ce que l'on précise sur le ton de l'anecdote non significative :
- Dans le détail, aucun récit n'est semblable à un autre. Certaines étapes ne sont pas unanimement traversées et le milieu culturel semble jouer un rôle sur l'interprétation et le vécu émotionnel de l'expérience.
- Les changements de la personnalité sont étudiés dans des études menées jusqu'à 8 ans après l'expérience vécue. On devrait reconnaître que ce laps de temps est suffisant pour que n'importe quel crétin connaisse également des remaniements de sa personnalité, d'autant plus que toutes les personnes ayant vécu une EMI ont préalablement vécu un traumatisme psychologique et physique majeur lié à leur confrontation avec la mort.
- Il est assez honteux de faire dire aux textes anciens ce que l'on veut entendre. Si l'on pense que les textes spirituels, qui parlent souvent d'une lumière divine, cherchent à exprimer un vécu d'EMI, on peut tout aussi bien penser que le vécu d'EMI s'est inspiré de la symbolique de la lumière pour se constituer. 


Et si le problème était exprimé en de mauvais termes ? Résumons en quelques phrases ce qui empêche Pim van Lommel de se pieuter tranquille le soir après ramonage. Les patients rapportant des EMI se sont trouvés dans un état de mort cérébrale, c'est-à-dire que leur cerveau ne témoignait plus d'aucune activité. Cela va à l'encontre de notre définition classique qui constitue la conscience comme simple épiphénomène exclusivement lié au système nerveux central. En effet, dans ce cas, il ne pourrait exister de conscience claire, telle que les EMI en rapportent, puisque les fonctions vitales ordinaires sont suspendues. Pim van Lommel pense donc qu'on a foiré dans notre tentative de définition de la conscience. Nous présenterons rapidement son raisonnement de la façon suivante : si mort cérébrale alors pas de conscience ; or mort cérébrale et conscience ; donc conscience pas liée au cerveau. Et de là, nous invoquons la sacro-sainte théorie quantique pour recoller les petits morceaux aux endroits où on commençait à voir couler le pus suintant de la plaie. 


On se tape donc deux ou trois chapitres qui permettront aux crétins des alpes de croire qu'ils ont compris ce que c'est que la physique quantique, par comparaison avec la physique classique : opposition entre localité et non-localité, certitude et incertitude, continuité et discontinuité. Je vous refais pas le chapitre, ça serait pas mieux, et nous aboutissons à la conclusion que si les champs et les forces fondamentales de la physique ont leur base dans un espace non local, comme l'évoque la physique quantique, alors nous pourrions expliquer les aspects non locaux de la conscience, tels qu'ils s'expérimentent par exemple dans l'EMI.


C'est gravement couillu d'appliquer la physique quantique aux systèmes vivants (nous, et peut-être un peu aussi les scientifiques) mais y a un nom qu'on donne pour justifier ça, c'est la théorie des champs morphogénétiques. Une expérience a été menée, bien dégueulasse, pour susciter l'étonnement : « Karl Pribam a démontré qu'on pouvait priver un chat de 90% de son cortex cérébral ou de 98% de son nerf optique sans l'empêcher d'accomplir des tâches visuelles complexes ». Bon, il n'y a certes pas de sot métier mais quand même. Et le peuple scientifique de se gausser : « Ces expériences permettent de penser que la mémoire et la perception visuelle ne peuvent s'expliquer que sur la base du principe holographique ». Notre ADN, ce serait pareil : il ferait interface dans chaque cellule (par le processus de résonance du spin nucléaire, croit-on bon d'ajouter pour nous impressionner) afin de coordonner toute l'information qu'exige le fonctionnement optimum de notre corps. Autrement dit, en plus flippant, l'ADN pourrait être une « macromolécule non statistique fonctionnant comme une antenne quantique pour la communication non locale ». Un peu comme jeanjean qui se lève à 11h du matin et qui hume dans l'air pour savoir de quel côté du grille-pain sortiront ses grosses tartines beurrées du petit-déjeuner. 


Bref, on nous fait chier en nous disant que la science classique n'a jamais rien fait d'autre jusqu'à présent que de relever des corrélations qu'elle traite comme des liens de causalité et là, voyez cette brillante conclusion, et dites-moi si on ne retombe pas sur nos panards de l'approximation foireuse : « Certaines études prospectives et un grand nombre d'études rétrospectives d'expériences de proximité de la mort ont montré que les différents aspects d'une EMI correspondent ou sont analogues à certains des principes de base de la physique quantique : non-localité, intrication ou interconnexion et échange instantané d'informations dans une dimension hors temps et hors lieu ». De modulo à modulo, le modèle tombe à l'eau.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire