mardi 22 juillet 2014

HISTOIRE DES MYTHES (1971) de Jean-Charles Pichon





Bouleverse les conceptions. Hallucine le regard intellectuel. Connecte les idées éparses d’une conscience déboussolée. Condense des millénaires d’humanité. 


L’histoire des mythes de Jean-Charles Pichon s’enrichit d’influences mathématiques et quantiques pour relire plus de vingt millénaires de mythologie. L’analyse se veut indépendante de tout parti pris et de toute filiation historique. De fait, Jean-Charles Pichon corrige certaines conceptions de ses prédécesseurs. 


- Il est faux de dire que le Temps se dirige du passé vers l’avenir, de la cause vers l’effet mais : le Temps se dirige de ce qui sera (l’à-venir) à ce qui a été. Le mythe traduit une attirance vers laquelle nous nous dirigeons inéluctablement. 

L’expérience chaotique de Philippe Guillemant illustre cette conception : 

« Je travaille sur une simulation de système chaotique à partir de deux billards numé¬riques qui peuvent contenir 10, 100, 10 000 boules et plus, et dont les positions initiales sont strictement identiques à un « chouia » près, par exemple un écart d’un millionième de milliardième de rayon. Les boules ont d’abord exactement les mêmes trajectoires dans chaque billard puis divergent complè¬tement au bout de seulement quelques chocs par boule en moyenne. Si je fais tendre l’écart entre les positions initiales vers zéro, cela retarde simplement un peu le moment où les billards changent d’histoire […]. Or, on aboutit au paradoxe suivant : à partir d’un certain nombre de boules, cette mémoire des conditions initiales devient supérieure à la mémoire nécessaire pour stocker toutes les tra¬jectoires des boules durant l’histoire commune aux deux billards. […]Les équations de la mécanique sont réversibles par rapport au temps et il suffirait d’imposer des conditions finales pour résoudre ce pro¬blème. »


- Il est faux de dire que le passé est un mouvement continu alors que l’avenir est discontinu (parce que constitué de probabilités) mais : le passé est discontinu (nous employons des définitions et des souvenirs pour le rappeler) alors que l’avenir est continu (il nous contient et constitue le chemin sur lequel nous nous dirigeons).

- Il est faux de dire que passage du passé à l’avenir est défini par la vitesse mais : le temps résulte d’un mouvement d’inertie. Certaines expériences récentes prouveraient même que le Temps est une illusion dont se sert notre conscience pour pallier à l’impossibilité d’accéder à la dimension supérieure (Alain Connes, Carlo Rovelli). Philippe Guillemant suppose particulièrement qu’ « en imaginant que nous vivons sur un plan, se déplacer d’un point à l’autre induit le temps, alors que dans la 3D nous voyons les deux points simultanément. Le temps devient alors une dimension spa¬tiale. »


Jean-Charles Pichon systématise ensuite la classification des mythes par analogie avec la structure de l’électron :
- A : L’état de l’électron se définit par la probabilité de position sur couche (n/l/m/s) ; l’état du mythe se définit par sa positivé ou sa négativité (+/-).
- B : Le moment dynamique de l’électron traduit sa quantité de mouvement ; le mythe peut être décrit selon un aspect dynamique (ondulatoire) ou statique (corpusculaire).
- C : L’orientation de l’électron varie de +1 à -1 tandis que le mythe se mesure selon son degré d’entropie ou de néguentropie.
- D :Le spin traduit le mouvement angulaire de rotation de la particule sur elle-même et trouve sa réciproque dans la position probable du mythe sur chaque orbite temporelle.


Après simplification, Jean-Charles Pichon exclut la caractéristique C) réservée à un public d’initiés religieux et trop difficile à analyser dans toutes ses modalités. Il assimile également l’état (A) et le mouvement (B) du mythe en créant les entités plus simples :
- A(positif) + B(continu) = E1 = élément Air
- A(négatif) + B(discontinu) = E2 = élément Terre
- A(négatif) + B(continu) = E3 = élément Eau
- A(positif) + B(discontinu) = E4 = élément Feu


Il différencie trois sous-catégories de la caractéristique D) :
- A (Akh = le Vrai) : Le monde est contenu en Dieu.
- B (Ba = le Bien) : Dieu est contenu dans le monde par l’image.
- K (Ka = le Beau) : Dieu est extérieur au monde.
On retrouve ici la trinité platonicienne mais aussi la trinité musulmane et chrétienne du Je, du Toi et du Lui.


On obtient alors l’ensemble des combinaisons formant douze mythes distincts :
E1 + A (Balance) / E1 + B (Gémeaux) / E1 + K (Verseau)
E2 + A (Capricorne) / E2+ B (Vierge) / E2 + K (Taureau)
E3 + A (Cancer) / E3 + B (Poissons) / E3 + K (Scorpions)
E4 + A (Bélier) / E4 + B (Sagittaire) / E4 + K (Lion)


Ces mythes sont exclusifs et rappellent le principe d’exclusion de Pauli. Ils ne peuvent coexister au même endroit en même temps. L’histoire doit être conçue de manière cyclique. Reste à déterminer si ces cycles sont réguliers et quelles sont les modalités de leur avènement. 


On peut contester les prémisses posées par Jean-Charles Pichon mais il faut savoir que le travail fourni en amont par cet homme de recherches est colossal. Sans doute personne n’a encore jamais étudié autant que lui l’histoire des mythes et des sociétés secrètes depuis les premières traces qu’en a laissées l’humanité jusqu’à la publication de ses travaux dans le dernier quart de siècle. 


Le grand cycle est basé sur une année astrale de 25 920 ans ( 360° * 72° de rotation de la Terre par an le long d’une elliptique) au cours de laquelle se succéderont les douze maisons zodiacales. L’année astrale est elle-même divisée en quatre saisons de 6 480 ans (printemps / été / automne / hiver). Chaque saison contient trois mois de 2160 ans et les mois peuvent être découpés en décades. Ces décades sont influencées par l’activité solaire qui détermine l’éveil ou l’extinction des aspirations spirituelles de l’humanité. Les premières traces écrites s’accordent globalement sur une origine de l’année astrale actuelle débutant à -20 000 ans. Si on arrondit la saison de 2 160 ans à 2000 ans environs, on voit se succéder de -20 000 à -12 000 les divinités préhistoriques du Capricorne, puis du Sagittaire, puis du Scorpion et de la Balance. L’histoire commence vraiment en -12 000 avec le Grand Déluge qui a sorti l’humanité de l’Eden : en effet, en déplaçant l’axe de rotation de la terre de 21° à 23° par rapport à l’écliptique, le beau temps éternel fait place à une série de glaciations qui oblige les hommes à cultiver le sol, à élever des bêtes et à construire des cités. C’est le moment où la Vierge sévère et stérile prend le dessus et sauve l’humanité par sa prévoyance. 


« […] L’un des caractères constants de la divinité [de la Vierge] sera la continence, en même temps que la prévoyance ou la préservation. Dans L’homme et les dieux, suggérant l’idée que la Vierge pût être la divinité première des glaciations, je notais que cette continence et cette préservation nous expliqueraient l’étonnant phénomène de la survie de l’homo sapiens pendant les millénaires où dura le fléau.
[…] Dans cette hypothèse, élevée par les peuples au-dessus de tous les dieux, la Vierge fût devenue, en effet, la Première ; et ses servants –ou ses servantes eussent exercé sur tous la tyrannie la plus cruelle en même temps que la plus nécessaire. L’exigence de ne pas accroître sans limite la population des grottes n’aurait-elle pu conduire les prêtres à sacrifier l’enfant dès sa naissance, une fois atteint le nombre prévu ? Sinon à des rigueurs plus décisives ? » 



Suivent ensuite le Lion, puis le Cancer, les Gémeaux, le Taureau, le Bélier et le Poissons avec l’avènement de Jésus-Christ (aussi appelé « ichtius », le « poisson ») sous le signe conjugué de l’Eau et du Bien. 


La domination d’une divinité au cours de chaque saison détermine ce qu’on pourrait appeler un paradigme. Le passage d’une saison à une autre n’est pas brutal et l’étude des cycles intérieurs de chaque saison nous révèle que la divinité majeure ne domine réellement que du début de son cycle à +/- 500 ans. Ici, elle atteint son apogée et ne peut ensuite plus que déchoir au cours des 1 500 ans restants. Pendant ce temps, la relève travaille et prépare la venue du paradigme suivant. Ainsi en fut-il au cours de la saison du Poissons lorsque le grand Empire romain s’effondra et que Mahomet fit son apparition dans le paysage spirituel.


Avant de crier à l’ethnocentrisme religieux, rappelons que Jésus-Christ est aussi représenté par la symbolique de la Barque et de Vichnou car c’est le propre de chaque divinité dominante d’être polymorphe et de s’adapter à un contexte local.


Les cycles s’imbriquent les uns dans les autres à la manière de poupées russes : ce sont des images fractales qui contredisent l’idée de déterminisme qui pourrait être attachée à une vision cyclique et donc fatale de l’Histoire (car nous sommes bien d’accord : ce sont les mythes qui orientent l’Histoire et non pas l’Histoire qui s’embarrasse de mythes). Nous savons que certains évènements doivent se produire selon certaines orientations précises –mais nous ne savons pas comment ni avec quel degré de justesse chronologique ou spatiale. 


Un exemple parmi une infinité d’autres, entre 1440 et 1500 :
« Israël a été détruite, 2160 ans plus tôt, par les troupes assyriennes. Les rythmes de l’éternel Retour voudraient donc que Byzance le soit par le Saint Empire Romain Germanique […].
Ces ruses du Retour, cependant bien connu, trompent les cités, les peuples, les églises ; elles précipitent leur chute. Byzance s’effondre au moment prévu, mais sous les coups d’un adversaire imprévisible et qui, pour certains orthodoxes, était presque un allié au regard du Saint Empire. 
»



Ou encore, entre 300 et 480 :
« Les Barbares venaient du Nord (les Goths, les Francs), de l’Est- (les Turco-Mongols) et du Sud (les Arabes et les Vandales). […]
Il semble bien que le chaos qui se manifeste alors partout dans le monde, à Rome et à Byzance comme dans l’Inde et en Chine, s’explique par les mêmes données que le chaos notable, vingt-deux siècles plus tôt, en Assyrie, à Babylone, en Egypte et dans l’Inde.
C’étaient alors les ruées sémites (amorhéennes, jacobites, hyksos) avec leurs dieux cercle, serpent ou lune, puis les ruées aryennes, hourrites ou mitanniennes, avec leurs dieux archers, vierges, géméliques, qui renversaient les trônes et les dynasties, changeaient le sort des villes et, soudain, remplaçaient un panthéon par l’autre. »



Les dernières années sont observées selon le plus petit cycle mythique qu’il paraisse nécessaire de relever (en-deçà, on rejoint le cadre de l’individuel, lui aussi rythmé par différents cycles comme les cycles menstruels, l’alternance veille/sommeil ou l’anecdote selon laquelle « les organismes vivants contiennent moins de calcium à 11 heures le matin »). Que représenta la Seconde Guerre Mondiale d’un point de vue mythique ? L’abolition, justement, de tout éveil spirituel : « Nul éveil mythique n’est à craindre quand on supprime d’un trait 60 000 000 d’humains. »


Deux mille ans après le règne de l’Ichtius, nous devons en toute logique nous préparer à entrer dans la dernière ère zodiacale : celle du Verseau, c’est-à-dire de Dionysos, de l’Esprit-Saint, de l’ivresse et du théâtre, dans une revendication de liberté et d’indépendance, de fusion universelle et chaotique. Il faut rappeler que le contexte de publication de L’histoire des mythes, dans la fin des années 70, regroupait tous les éléments de confirmation d’une telle thèse. Nous serions donc à l’aube d’une période de gloire mythique qui va profondément changer nos manières de vivre et de penser. Fini le judéo-christianisme dominant : nous le quittons tranquillement pour une idéologie qui nous attire désormais davantage, et mieux vaut oublier que la maison du Verseau est la dernière que nous traverserons avant que l’année précessionnelle ne se termine. Que se passera-t-il ensuite ? Si nous reprenons une nouvelle année, alors nous confirmerons l’existence d’une dimension mythologique supérieure dont Jean-Charles Pichon n’a pas précisé la nature ; sinon, ce sera peut-être la fin de l’Histoire.



*peinture d'Augusto Giacometti

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