Le pouvoir du moment présent d'Eckhart Tolle

 



Les premières décennies du vingt-et-unième siècle ne peuvent se comprendre qu’à travers l’élucidation de ses textes les plus représentatifs, à savoir les livres pour l’accomplissement de soi-même selon les voies insidieuses de l’assomption imaginaire du moi. Ainsi me résonnè-je souvent lorsque, épuisée par la vie, déçue par les trésors supposés de l’intellect, vaquant d’un pied de tomates à une fane de carotte, je dois me reposer des tribulations inintéressantes des personnages de romans et retrouver goût aux quelconques essais de ceci ou de cela.

 

Combien furent-ils qui me parlèrent du moment présent d’Eckhart Tolle que certains, parmi les plus teubés, continuent encore de confondre avec Maître Eckhart ? Je ne sais plus. Ils m’en parlèrent peut-être autour de planches à découper faites en bois de merisier maison, dans des campings naturistes, au fond d’un restaurant-buffet ibis budget, à la caisse d’un magasin, alors que d’autres clients pressés me jetaient des regards impatients pour m’aider à encaisser plus rapidement leurs produits. Eckhart Tolle aurait-il eu autant de succès si son prénom n’avait pas été source d’une confusion aussi prestigieuse ? Non.


Eckhart contemplant Eckhart

Sans surprise, cet ouvrage professe l’abandon du mental sans qu’il ne soit bien possible de le distinguer nettement du même mental qui a permis à l’auteur de rédiger son livre, ni du mental du lecteur qui lui permet de commencer à comprendre que son mental doit être abandonné.

 

Comme je m’en doutais, le message du pouvoir du moment présent est très simple. Il pourrait se résumer au « carpe diem », si tant est que nous sachions ce que cela signifie vraiment. Qu’est-ce que cela signifie vraiment de sortir de la demi-mort qui nous permet de nous conserver dans une moindre animation pour les jours nous restant à vivre ? Qui le sait vraiment ? Essayant de renouveler le célèbre adage latin par l’adjonction d’effluves hindouisantes, Maître Eckhart Tolle nous explique que la souffrance naît de l’identification du spectateur au spectacle. Il faudrait alors s’imaginer (sans doute avec le mental qu’il faut délaisser) que nous ne sommes qu’un acteur n’oubliant pas qu’il joue un rôle absurde sur la scène d’un spectacle comique, avant de ne retourner on ne sait trop où, peut-être nulle part, et c’est tant mieux. La tristesse comme la joie deviennent alors variables d’ajustement d’un conditionnement mental que le désir ni la résistance ne viendraient entraver. Votre bonne humeur révèlera donc à autrui votre degré d’asservissement au technicisme émotionnel de notre temps.


Commentaires

  1. En effet, le processus qui consiste à distinguer, dans la conscience, le « spectacle » et le « spectateur », est typique des sagesses orientales. On le trouve exprimé ainsi dans les célèbres Yoga-Sutras de Patanjali (II, 25). Rien de neuf semble-t-il, comme vous le dites. Mais ces choses sont faites pour être vécues, et si l'idiosyncrasie de M. Tolle lui permet de trouver son bonheur dans ces pratiques, grand bien lui fasse !

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    1. Certes, quoique la façon dont un public occidental peu versé dans les Yoga Sutras appréhendera la critique tollienne du mental risque davantage de contribuer à l'amplification de la non-pensée qu'à l'exercice de l'observation des mouvements de la pensée.

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  2. Maître Eckhart et m. Tolle semblent inviter à la découverte d'une même expérience vivante. Vous semblez voir de quoi il s'agit au regard des textes que vous avez mis en lumière sur Babelio.

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