jeudi 21 décembre 2017

La Parole manipulée de Philippe Breton






Se faire manipuler, on en vient à trouver ça rigolo. C'est vrai : moi, par exemple, quand on me dit que la pub à la télé essaie de me manipuler pour que j'essaie des trucs, je trouve ça con parce que je sais ce que je veux acheter et quoi et tout, mais c'est vrai que je vais peut-être bien acheter du produit monsieur propre parce que j'en ai marre que les plaques électriques soient toujours poisseuses à force de foutre des lardons et du fromage râpé partout à côté de la poêle. Il n'empêche, voilà, il y avait une prédisposition qui n'a rien à voir avec la télé. Sauf peut-être que ce raccourci (acheter un truc pour régler un problème qui n'en est pas un) est justement symptomatique de la manipulation dont je suis inconsciemment victime. Quand j'étais petite, je voulais être bergère, voilà qui était plus original.


Ce qui est pas mal dans ce livre, c'est que l'auteur n'est pas là à nous dire que la manipulation, ouf, la démocratie nous en protège quand même. Ben non parce que justement, il voit la naissance des techniques de manipulation par la parole avec l'émergence de la démocratie. C'est qu'il fallait bien, dans une situation d'égalité, faire renaître de la différence par la consommation des diverses merdes que les gens produisent pour se passer le temps. Alors qu'on pourrait si bien garder des moutons dans de verts pâturages pendant ce temps-là. 



Avec le régime nazi et tout, après, on a voulu nous faire croire que nos sociétés postmodernes c'était de la balle parce que tout est orienté pour le bien de la totalité. Et alors ? ce n'est pas parce que les techniques de manipulation sont utilisées pour défendre de nobles causes ou des trucs rigolos (aller manger au macdo) que c'est mieux. Oui, oui, la manipulation est présentée comme une agression. C'est une aliénation, rendez-vous en compte bon dieu. Mais ce qui s'aliène si bien devait être bien vide avant. 



Ce que j'ai trouvé dommage, c'est qu'on doit se taper une longue séquence de décodage d'une interview de Jean-Marie le Pen. C'est vrai qu'il était à la mode lorsque le livre a été publié dans les années 2000 mais bon, avec le recul ça semble con et contradictoire avec le message selon lequel la manipulation ne vient pas de là où on l'imagine. le Pen c'est quand même carrément la manipulation où on attend de la voir, où on espère la voir, où on crève d'attendre et d'espérer qu'elle vienne, si fort que ça nous bouche la vue sur tout le reste. 



En conclusion : nada. Ce bouquin aide un peu à ouvrir les yeux, à se sentir méchant, à se croire plus futé que les autres, mais qu'y faire ? Philippou le cochonou nous propose de fonder de nouvelles normes pour la parole, une nouvelle rhétorique, et tout, et tout, mais il s'y lance pas surtout, aux autres de faire le sale boulot ou quoi ? En tout cas c'est déjà pas mal d'écrire ça si ça peut aider à quelques prises de conscience tout en se rappelant qu'on est toujours le manipulateur d'un autre (moi, par exemple, j'aime pas qu'on me manipule les tétons trop longtemps).