jeudi 13 octobre 2016

L'homme dont toutes les dents étaient exactement semblables (1983) de Philip K. Dick


Philip K. Dick, outre son nom provoquant, est surtout connu pour ses romans de SF. On ignore en revanche qu'entre deux repas constitués d'aliments humides pour chats, il a également composé des romans avec de vrais êtres humains. C'est qu'il faudrait rappeler, encore une fois, que la SF et la réalité sont proches de la distance d'un trou de ver. L'inconnu, dans la vie quotidienne, ce sont les relations intersubjectives et les comportements qu'ils imposent. L'inexplicable, dans le prurit de notre quotidien, ce sont tous ces actes absurdes que nous effectuons parce que nous vivons au milieu de tas de gens à jamais inaccessibles. 


J'ai acheté ce bouquin parce que je kiffe PKD et aussi parce que le titre était bandant. Imaginez, dans votre vie de tous les jours, découvrir un type dont toutes les dents seraient exactement semblables : ça vaudrait tous les voyages intergalactiques de l'univers. Mais en fait, ce n'est pas aussi simple. Ledit type est un homme de Neandertal (mort depuis longtemps) dont le crâne a été retrouvé dans le jardin d'un honnête citoyen américain, Runcible. Ce crâne attire l'attention de quelques universitaires et la question se pose : s'agit-il d'un crâne authentique ou d'une vulgaire reconstitution d'atelier de charpente ? Si la deuxième hypothèse est la bonne, quel est donc l'esprit machiavélique à l'origine de cette saloperie ? Les conflits dans le voisinage, les vulgaires querelles de jalousie, les désaccords de moeurs et l'exaspération qui surgit simplement de la promiscuité non désirée peuvent être à l'origine de drames dont l'intensité se répartit sur une échelle partant de la simple plaisanterie à la malédiction divine. Oui, vous le savez aussi bien que moi : voilà où se dissimule la SF dans notre vie quotidienne, dans cette inégalité de proportion entre la cause et la conséquence apparentes. de quoi vous foutre des sueurs froides lors de vos nuits d'insomnie bien méritées.


Lovecraft a écrit des trucs semblables dans son oeuvre de SF mais, alors qu'il ne comprenait absolument pas le concept de « l'humour », PKD se montre légèrement plus perspicace. Son humour nous renvoie ainsi à nos opinions stupides concernant des événements plus ou moins mythiques de notre histoire d'humains, et à tous les comportements stéréotypés qu'engendre cette croyance en une histoire de l'humanité. Ça ne fera pas rire tout le monde, c'est certain, mais c'est à cela qu'on distingue le bon humour des courbettes sournoises de la bonne société.


Au croisement du sommet de l'absurde et du réel, goûtez donc cette offrande faite par PKD à notre inutilité notoire :


« -A propos, commença Dombrosio, je me demande si vous avez vu l'emballage que Quinn et moi avons préparé pour cette entreprise qui fabrique des bacs à chat. 
-Ah oui, Chatinette. Mais vous devez faire attention à ne pas plagier le produit de la Compagnie Ex-M.
Pendant un moment, Dombrosio chercha en vain ce dont il s'agissait. Puis la mémoire lui revint : c'était la firme qui commercialisait Chat WC, une litière absorbante utilisée dans les plats à chat. […] Comme l'avait dit Bob Fox, la première fois qu'ils avaient étudié le produit : « Ce chat qu'ils ont représenté, là, il est trop bien pour avoir un trou du cul. » […]
-Evidemment, expliqua Dombrosio, Chatinette ne fabrique que le plat à chat lui-même, pas la litière. Donc les deux produits ne sont pas en concurrence directe. En fait, le consommateur utilisera sans doute du Chat WC pour remplir sa Chatinette.
-Ou du Chat Propre, dit Lausch. C'est ce que ma femme achète.
-Ah bon ? Vous savez pourquoi ?
-Elle trouve le nom « Chat WC » trop commun. Elle n'aime pas l'usage qui est fait de ces deux initiales.
-C'est peut-être commun, mais ça n'a rien de choquant.
-Elle a un frère qui s'appelle Walter Charles. Elle a toujours été très sensible aux plaisanteries douteuses sur ce sujet. […] Il y a une chose intéressante au sujet de la litière absorbante, dit Lausch. Elle peut avoir d'autres usages, en plus du remplissage des bacs à chat. Chat WC exploite cette idée à fond sur son emballage. On peut s'en servir pour éponger les flaques d'huile dans un garage. Quoi d'autre ? Pour recouvrir le pied des plantes. Pour garnir le fond des poubelles. Et le plat à chat ? A quoi d'autre peut-il servir ? Notre emballage devrait jouer là-dessus.»

1 commentaire:

  1. J’ai jamais lu Philip K. Dick, je ne suis pas fan de SF, je préfère Lovecraft (vous aimez bien taper dessus, c’est pas la première fois) et Stephen King. En tout cas le titre est original, au moins aussi « provoquant » que le nom de son auteur…

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