lundi 13 juin 2016

L'inconscient à ciel ouvert de la psychose de Colette Soler



Lacan passe pour un entubeur au même titre que le marchand de tapis qui, parce qu'il a un accent oriental pas très catholiques de par chez-nous le bled, suscitera la méfiance en qualité variable, selon qu'on se réclame de l'ouverture internationale ou pas. Jacquouilles, on l'appelle la fripouille pour les mêmes raisons : on sent bien qu'il parle français mais de là, à comprendre ce qu'il veut bien nous dire, c'est la misère. Rien que là, on atteint pourtant une problématique importante mise par lui en évidence : qu'est-ce qu'il veut, l'autre ? Après quelques lectures intensives de la fripouille, l'accent disparaît, on l'écoute comme un tiers-inclus. Voire, on peut lire de ses disciples, comme cette Colette solaire (voyez donc sa blondeur : https://www.youtube.com/watch?v=EtYGnvPVu4o ). 


Nous sommes dans les années 90. Environ trois décennies après le chefton, Colette s'essaie à la critique lacanienne –critique en mode suppositoire de la vénération- en examinant la pertinence de l'hypothèse selon laquelle la forclusion du Nom-du-Père est le principe de la psychose. On apprendra que Lacan avait déjà prévu quasi toutes les objections : les pré-psychotiques sont ceux à qui il manque la cause occasionnelle qui, lorsqu'ils la rencontrent, parce qu'elle produit un appel au Nom-du-Père et rend compte de son défaut efficient, les fait choir dans la psychose ; ceux qui semblent guéris de la psychose sont ceux qui ont réussi à se stabiliser en trouvant la métaphore qui sera leur point de capiton, qui arrêtera le glissement du signifiant et du signifié dans l'indétermination du « qu'est-ce que ça veut dire ? » qu'on adresse à la chaîne du langage.


Colette permet de mieux comprendre ça une fois, dix fois, cent fois, en nous martelant ces apports théoriques à coups de bourrin sanglants, jusqu'à ce qu'on ait bien compris ce que c'est que la psychose selon Lacan. Pas une perte de la réalité, mais une perte du rapport au langage et le surgissement d'un signifiant dans le réel, c'est-à-dire détaché de la chaîne du langage, ce truc qui relie les autres. Oh, la névrose serait une formation secondaire, dans ce cas. Inversion totale de la théorie freudienne. Lacan aurait-il été un hérétique sans le savoir ? On ne peut pas vraiment trancher car, de la psychose, Freudavait refusé d'en piétiner les plates-bandes. 


Colette ne révolutionne rien quant à elle ou bien, si elle le fait, ce n'est pas dans ce recueil d'essais qu'on en prendra conscience. Encore une fois, les exemples tournent beaucoup autour des célèbres cas de Schreber (le névropathe porté aux nues par Freud grâce à Jung) et Joyce (l'écrivain stabilisé dans sa psychose grâce à son écriture délirante). Dans les apports originaux, on trouvera une critique positive de la cure entreprise par Rosine Lefort avec un enfant psychotique, une critique négative de la cure entreprise par Marion Milner avec une patiente supposée psychotique (mais qui, selon Colette, aurait en fait été seulement névrosée) et une biographie psychanalytique de Jean-Jacques Rousseau, ce « paranoïaque de génie ». 


Peut-être bien qu'on devrait rajouter que Colette pose souvent la question de savoir si un psychotique, ça peut s'analyser. Bon. Sans doute pas comme un névrosé, c'est clair, puisque le transfert lui est inaccessible, il paraît. Alors quoi ? La réponse, pas clairement mise à rouler sur les rails, serait de l'ordre éthique. Faire figure de loi, sans être un agent moral. On n'a pas encore trouvé la solution. 


(pour une critique du sujet lacanien comme agent docile de la société, consulter : https://www.canal-u.tv/video/ecole_normale_superieure_de_lyon/26_le_lacano_marxisme_de_deleuze_et_de_guattari.4631 )

1 commentaire:

  1. Il est brillant Lacan, on le conteste pas. Je me souviens d’un article intitulé « Kant avec Sade », c’était pertinent, bien écrit. Mais les francophones ont moins de prestige dans les sciences que les germanophones : cf. aussi Poincaré par rapport à Einstein. Et la psychanalyse, j’ai des doutes, je ne suis pas sûr que ça ait fait ses preuves. A la limite je préfère le confessionnal ou le jardin d’Epicure…

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