lundi 21 mars 2016

Le Rêve du papillon de Tchouang-Tseu



Tenez, que je vous sorte un enseignement de son contexte : «La grande Voie n'est pas explicable. La grande argumentation est sans paroles. La grande bonté n'est pas bonne. La grande modestie n'est pas humble. le grand courage n'agresse pas. Un chemin éclairé n'est pas la Voie. » Vous allez dire : qu'est-ce que c'est encore que cette daube ? Eh bien voilà, vous approchez de la compréhension maximale du « Rêve du papillon » , deuxième livre fondateur du taoïsme. Ce qu'on nous raconte là-dedans sous forme de petits dialogues, de contes pour rêvasser pendant le gratouillage des génitoires et autres proverbes à deux balles, c'est justement qu'on ne peut pas parler du principal. Là-dedans, on appelle ça la Voie. La Voie, c'est quoi ? Sans doute vouloir être le moins possible pour l'Etre le plus. Et là, paf ! on rejoint un peu le passage plus haut. 


Ce livre vous servira surtout si vous êtes chômeur ou que vous avez envie qu'on vous foute la paix, et à l'heure où l'on requerra la présence de votre grande âme lorsque vous souhaitez en fait juste la tenir à l'écart d'une agitation que vous n'avez pas encore sonnée, vous pourrez répondre : 


« Imiter le monde, se conduire pour avoir des amis, étudier pour devenir quelqu'un, enseigner par égoïsme, avoir en aversion bonté et justice, décorer les chars et les chevaux, je ne saurais m'y résoudre. »


Je sais, c'est honteux de dégrader les beaux textes qui ont traversé les millénaires pour les offrir en pâture à des gens cons –qui sont aussi et souvent des gens bons. Cela n'a rien à voir avec la tranche de viande, bien que je dise tout à l'heure : « Voilà à quoi ça mène de donner de la confiture aux cochons ! », ce sur quoi on me répondit : « Si tu connaissais la confiture que fait ma mère, tu serais contente d'être un cochon ». Bref, même les proverbes ne sont plus accessibles aux déficients mentaux, où allons-nous ? C'est comme cette histoire d'attendre sur le bord de la route pour voir défiler l'ambulance qui contiendra le corps de votre ennemi ; ce qu'on veut dire par-là, c'est pas de se planter et d'attendre vraiment que le mec passe déchiqueté devant vous, c'est d'attendre que le désir de le voir crever s'en aille, et ça vient très vite. Pas facile de n'avoir plus personne à haïr, faut bien reconnaître que ça occupait les heures longues. Mais une fois passé ce cap, tout va très vite.


Plus envie d'aller prendre l'apéro, d'aller au cinoche, de niquer un coup ? Après tout, on est si bien avec soi-même ou avec n'importe qui d'autre. « Tu m'aimes, dis ? » vous demande-t-on en faisant les yeux du corniaud qui a un couteau sous la gorge, « tu m'aimes dis malgré ma croupe pourrie ? ». Ben non, bien sûr, mais comment dire… toi ou n'importe qui d'autre… déblatérez donc : 


« Une personne accomplie partage les nourritures terrestres et les joies célestes avec les autres, mais n'est pas perturbée par l'aspect utile ou nuisibles des uns et des autres, ni ne participe à leurs bizarreries. Elle ne participe à aucun projet, à aucune affaire. Elle arrive et part lorsque c'est le moment, tout simplement. »


D'ailleurs, vous n'êtes plus obligé d'arriver, après un certain temps. 


Voilà donc, ne vous prenez pas trop la tête. Certains se font même tatouer l'enseignement majeur de ce bouquin sur le cul :


« Nous ne savons pas que nous rêvons lorsque nous rêvons et interprétons nos rêves en rêvant. C'est seulement au réveil que nous apprenons que nous rêvions. » 


Imagine, demain tu te réveilles et apprends que tout ce que tu as vécu c'était un rêve… bien long, moche et pourri, certes, mais la grosse honte c'est de s'être torturé pour si peu. 


Bref, j'ai encore trop écrit, ce qui n'était pas le but, donc je me tais.

2 commentaires:

  1. Tchouang-tseu est un immense philosophe, d’une densité et d’une richesse inépuisables. On peut trouver son « Œuvre complète » en folio. Derrière vos sarcasmes, je suis sûr que vous avez quand même été sensible à son message !

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