samedi 20 février 2016

Séminaire XI- Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964) de Jacques Lacan



Qu'est-ce qu'il est bon ce Lacan, ouais, en voilà un à qui on ne la lui joue pas, de sa trique mal cachée, et direct vous posez le cul dans un siège de la salle de conférence, tout peinard avec vos binocles sérieuses, et il vous sort : « pour l'instant je ne baise pas, je vous parle, eh bien ! je peux avoir exactement la même satisfaction que si je baisais ». Ouais, ouais. C'est ça la sublimation.


Quel malheur aux apéros de devoir se taper les crises identitaires des invités. Y en a un qui enchaîne des concerts, qui se gagne des tunes et se fait plein d'amis ; un autre qui lance son vernissage demain pour vendre ses croûtes ; d'autres qui écrivent des poèmes, des sérénades, des scénarios et d'autres déchets –tout ceci comme si on prononçait la messe, à qui admirera le plus son voisin dans l'espoir d'être quand même le préféré de ses dames. Eh bien là, Lacan devrait surgir dans un halo de paillettes pour leur rappeler qu'en fait d'activité civilisée, la moins hypocrite c'est peut-être de faire son nom dans le milieu de la pornographie. 


On comprend pourquoi ses conférences devaient être sympas. Pas dupe de l'intérêt proprement masturbatoire que ses auditeurs vouaient à ses lectures, il s'amuse. On ne comprend pas toujours tout et même souvent pas grand-chose mais comme le ditLacan lui-même, si vous ne comprenez pas encore : «Tant mieux, ce vous sera raison de l'expliquer. Et si ça reste en plan, vous en serez quitte pour l'embarras. Voyez, pour ce qui m'en reste, moi j'y survis ». Il faut connaître un peu les petits concepts de base du jargon lacanien pour piger le minimum et pour le reste, comprendrez ce qui fusera hors de l'expérience, le reste devant encore vous être dissimulé jusqu'à ce que la comprenette vous soit offerte sur le plat sacrificiel. Pas trop vite la musique. 


Récemment, je me rendis –sur invitation dois-je préciser- à un séminaire de causettes psychanalytiques à Montpellier. Ma décrépitude fut progressive. Ma prise de notes se fit élusive, mon attention de plus en plus flottante, je tournai les yeux du côté des autres auditeurs dans l'espoir d'inverser le processus de sublimation intellectuelle qui m'avait amenée là vers de plus prosaïques besoins reproductifs mais, aucune face ne faisant l'affaire, je sombrai bientôt dans une furieuse rage. Je bâillai. Puis encore. Fait-on de la psychanalyse pour apprendre à pécho ? Ne serais-je l'exception qui infirme la règle, les visages terrassés qui m'entouraient me l'auraient confirmé. le conférencier, tas de gras porcin à la chemise bleue claire, s'échinait à parler désir et jouissance sans que je ne sente la moindre chaleur nuptiale. Et les informations transmises ne témoignaient pas non plus d'une grande vigueur intellectuelle. 


Lacan a expliqué comment devait se transmettre l'enseignement psychanalytique, si tant est qu'il y en ait un. Soyons précis lorsque les cerveaux fondus se mettent hors-circuit, comme c'est votre cas souvent. Pleurnichards à ne pas comprendre une notion aussi triviale que le Trieb freudien, par exemple, ferme ta gueule et écoute ce que ça veut te dire : « le Trieb vous pousse au cul, mes petits amis, c'est toute la différence avec l'instinct, soi-disant ». C'est pathologique le discours universitaire,Lacan l'a dit, qui lui-même n'en était pas sorti, ben non, mais on s'en accommode vite fait en disant que la vérité « c'est ce qui court après la vérité », et qui est en tête dans cette débandade furieuse ? le bon vieux Lacan bien sûr ! « c'est là où je cours, où je vous emmène, tels les chiens d'Actéon, après moi. Quand j'aurai trouvé le gîte de la déesse, je me changerai sans doute en cerf, et vous pourrez me dévorer », mais bon, ce n'est pas pour tout de suite. Au cours de ces présentes causeries, Lacan parle surtout du rôle du transfert, donc du discours entre sujet supposé savoir (le toubib) et celui qui fait la demande (le pigeon). « Je me donne à toi, dit encore le patient, mais ce don de ma personne –comme dit l'autre- mystère ! se change inexplicablement en cadeau d'une merde […] ». Sans doute peut-on en dire autant du discours du conférencier à l'auditeur. Voilà pourquoi on ressort toujours avec les oreilles puantes de ce genre de sauteries. Tous ces mecs-là en sont restés au niveau anal parce que c'est là le lieu de la métaphore, prendre un objet pour un autre, donner des fèces au lieu du phallus et, comme l'ajoute le facétieux Lacan, histoire de vous impliquer dans toute cette histoire : « Vous saisissez là pourquoi la pulsion anale est le domaine de l'oblativité, du don et du cadeau ». Pensez à la quantité de marchandises manufacturées que vous avez offertes à Noël pour vous évaluer sur cette échelle. 


Pas besoin de ce genre d'élucubrations pour réaliser que les conférenciers là, devant moi, laissaient couler leurs gros étrons sur des tapis de science soyeux. On peut vite devenir fou comme ça. Mais papa Lacan comprend tout. N'apparaissant que pour moi, en lumineuse fée clochette au-dessus de ma tête, il me susurre à l'oreille : « Au niveau de la pulsion anale –un peu de détente ici- ça ne semble plus aller du tout. Et pourtant, se faire chier ça a un sens ! » Ah bon ? lui demandais-je. Ben oui, « Quand on dit ici, on se fait rudement chier, on a rapport à l'emmerdeur éternel ». Certes. Qui m'avait filé la mauvaise information à l'origine ? Suivez mon regard vers le ciel. 


Si j'étais née cinquante ans plus tôt, j'aurais peut-être pu assister aux conférences de dady Lacan, écouter sa théorie de la lamelle qui nous explique que « chaque fois que se rompent les membranes de l'oeuf d'où va sortir le foetus en passe de devenir un nouveau-né, […] quelque chose s'en envole, […] à savoir l'hommelette, ou la lamelle » plutôt que de me voir rabâcher que l'histoire de la communauté en psychanalyse se rattache au mythe de la horde primordiale du totem et tabou freudien. Ce que n'importe quel enfant de cinq ans peut désormais savoir à cause de Michel Onfray.


J'aimerais les voir défigurer ces bonshommes qui se revalorisent de leur activité culturelle. Ils savent tous que le savoir est le bon prétexte qu'ils ont réussi à s'accaparer par le talent de leurs fesses ou de leurs biftons mais ceux qui le maîtrisent temporairement, du fait d'une position sociale qui leur est échue miraculeusement, le mystifient ou l'émiettent pour garder les autres sous leur contrôle. Pourtant, le savoir comme le désir, ce n'est pas grand-chose dans l'absolu et tout mec qui a grande gueule, l'assurance plein-pot, devrait se souvenir et rappeler à tous les larbins qu'il ne s'est constitué que dans sa « rencontre avec la saloperie qui peut le supporter », le genre d'objet a qui aurait pu le rendre fou si l'emmerdeur éternel l'avait voulu. Moi j'ai bien failli y passer ce jour-là. 


[Et l'encart intello pour ceux qui veulent avoir l'air de pas avoir l'air con :]
Séminaire marquant une année charnière de Jacques Lacan puisqu'il instaure un changement dans son enseignement. Renversement de sa théorie : la répétition n'est plus causée par l'autonomie du symbolique mais par le réel, celui-ci drainant avec lui le hiatus structural entre tuché et automaton, trauma du réel et réseau de signifiants mobilisé pour en éponger le hors-sens. Nouvel objectif : rendre compte du réel de l'expérience analytique en opérant une submersion radicale qui ne porte plus vraiment sur le savoir mais sur le sujet en lui-même. Se pose également le problème de la sublimation. Si parler c'est presque comme baiser, que fait-on du presque ? Finit-on un jour par violer ses filles parce qu'on a trop parlé au lieu de baiser ? Ce presque qu'on oublie, c'est peut-être le sacrifice avec lequel on essaie de trouver le témoignage de la présence du désir d'un Dieu obscur dans l'objet de nos désirs. Cette opération s'opposerait à l'amour véritable, qui ne se pose que dans l'au-delà où il renonce d'abord à son objet. Etc. 

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