lundi 1 février 2016

Des Noms-du-Père (1963) de Jacques Lacan


Faut-il avoir vu Jacques en chair et en os pour croire en ses paroles ou peut-on, à l'instar des paroles de Jésus prononcées à Thomas, clamer à grande gueule : «Heureux ceux qui croient sans avoir vu »Jacques Lacan est bien parti pour être le messie du prochain siècle, tant ses paroles sont mystérieuses. Sa crucifixion intervient d'ailleurs lors de son séminaire sur les Noms-du-Père –or, nous savons que tout bon Messie doit subir le bizutage approprié. Ce séminaire fut interrompu de façon dramatique (le mot n'est pas de moi) à cause des déboires de Jacques avec l'IPA (un sous-branchement obscur de la psychanalyse, sachant que les meilleurs ennemis sont ceux qui ont souvent gardé les cochons ensemble dans leur jeunesse et qui s'affrontent lorsque, plus tard, l'un s'est converti dans le bétail et l'autre dans la volaille). Après cela, Jacques fut condamné au silence par les universitaires ce qui, pour un type comme lui qui n'arrêtait pas de déblatérer dans une logorrhée quasi-schizophrénique, a dû être plus terrible que quelques clous au travers de la chair. 


Tentons dès à présent une exégèse rapide des deux discours présentés dans ce livre afin de faciliter la tâche aux futurs tâcherons :

- Ça parle du Symbolique, du Réel et de l'Imaginaire, trois mots différents qu'il ne faudrait surtout pas confondre sous peine de névrose ou de délires allant du badin au criminel (on risque par exemple de devenir fétichiste de la pantoufle, comme nous le prouve ce savoureux exemple : « Qu'un homme puisse éjaculer à la vue d'une pantoufle ne nous surprend pas, ni non plus qu'il s'en serve pour ramener le conjoint à de meilleurs sentiments, mais personne assurément ne peut songer qu'une pantoufle puisse servir à apaiser la fringale, même extrême, d'un individu »). 

- On découvre le message codé représentant le déroulement d'une analyse : rS – rI – iI- iR – iS – sS – SI – SR –rR – Rs. Vous pourrez remarquer au passage que le premier et le dernier terme de la chaîne sont identiques. C'est normal. On revient au point de départ (un problème) se situant sur un palier différent (un peu comme dans les escaliers impossibles d'Escher). Autant dire qu'on ne s'en sort jamais. Ça laisse le temps de ne pas s'ennuyer. 

- du désir quant à l'Autre qu'on imagine, d'abord, par l'intermédiaire de notre merde. Effectivement, c'est ce qui fascine en premier le bébé : cette chose qui choit hors du corps, si chaude et si molle, et qu'on imagine offrir à l'inconnu qui nous sert de parent pour le voir –saleté !- nous adresser enfin un sourire ou nous donner un biscuit cuiller. « L'enfant lâchant les fèces les concède à ce qui apparaît pour la première fois comme dominant la demande de l'Autre, à savoir son désir, qui reste encore ambigu ». Si nous résumons très vite le bordel, nous passons ainsi des fèces à l'Amour puisqueLacan avait très bien deviné que "Donner de l'amour, c'est vouloir donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas". Or, il est vrai, personne ne veut se voir offrir de la merde le jour de Noël, ou même n'importe quel autre jour. Ainsi en va-t-il de l'Amour, trop longtemps sublimé et enfin rendu à sa vraie nature grâce à Lacan

- Hop, hop, hop, on saute de l'Autre au Dieu pour dire que si tu n'arrives même pas à comprendre le désir de ton daron, va essayer de comprendre ce que veut le grand Seigneur au ciel. Précisons toutefois que Lacan parle du Dieu exclusif de la religion judéo-chrétienne, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, établissant une scission nette entre ce dieu du Désir et les dieux plus classiques du Savoir. 

- Pour finir, reposons-nous en rappelant que ces lourds séminaires savent parfois aussi se montrer plus légers en parlant de poterie. On comprendra que même les objets en terre cuite ne sont pas épargnés par les doutes existentiels : « La poterie n'a jamais eu l'occasion de prendre la parole pour dire que c'est là sa marque de fabrique. »


Trêve de plaisanteries et cessons de perdre notre temps à commenter ces textes qui sont soit l'oeuvre d'un désoeuvré, soit l'oeuvre du prochain Messie. Je ne suis pas moins ébahie devant les textes de Lacan qu'une poule devant une aiguille à tricoter. Trois solutions s'offrent à la poule dans cette situation précise :
- Se servir de l'aiguille à tricoter comme d'un javelot pour s'élancer de l'autre côté de la grille qui l'enferme, sachant qu'elle risque au passage de se faire écorcher vive si elle calcule mal son coup.
- Enterrer l'aiguille à vifs coups de patte et retourner picorer ses graines.
- S'épuiser à l'apprentissage du tricot sachant qu'elle ne dispose ni de la seconde aiguille, ni de la laine, ni des mains aux pouces préhensibles qui lui permettraient de se tricoter une écharpe pour l'hiver.


Ne nous moquons pas de la poule. Si elle existe sur terre, c'est pour une raison que nous ignorons. En revanche, la nécessité d'une aiguille à tricoter est plus problématique. Avons-nous vraiment besoin de jacquards en laine aux motifs compliqués, alors qu'on pourrait se contenter d'une peau d'ours qui ne laisse pas passer l'air ? 

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