jeudi 28 janvier 2016

Lettres d'Innsmouth suivi de Défense de Dagon et de "Un mari nommé HPL" de Howard Phillips Lovecraft


Lovecraft, emmerdant dans ses nouvelles, se montre presque moins médiocre dans sa correspondance et sa littérature théorique. Les auteurs de fantastique sont des êtres humains comme les autres, si tant est que les autres soient en fait vraiment humains. 


Trois parties constituent ce recueil. 


La partie épistolière nous permet de découvrir Lovecraft dans ses rapports avec ses correspondants, ses seuls amis, écrit-il. Toujours intéressant de lire les lettres qu'écrit un être plutôt asocial. Comment se débrouille-t-il pour entrer en communication ? S'il cause souvent de littérature pour dire ici son goût, là son dégoût, je préfère surtout quand il parle d'autre chose, s'emportant dans des exposés de nihilisme calme : « Pour ce qui est de la philosophie, ses effets sont variables selon les individus. Je sais simplement que dans mon cas, la conscience de l'immensité du cosmos diminue beaucoup l'intérêt que je porte à ces minuscules insectes que sont les hommes. […] La meilleure chose qu'il pourrait arriver à ces pauvres diables (moi y compris, d'ailleurs !) serait d'être exterminés en passant dans la queue d'une comète composée de gaz cyanogène ». le correspondant qui survit à ce genre de lettre est digne d'être conservé dans un carnet d'adresses. 


La partie théorique regroupe de courts essais rafraîchissants. Si, dans le courant actuel de déferlement New Age, on imagine souvent que les auteurs de littérature fantastique sont épris de religiosité, de mysticisme, d'idéalisme et autres trucs injurieux, on comprendra que ce n'est pas le cas de Lovecraft qui préfère à toute autre chose –quoique par défaut- le matérialisme mécaniste. Soulignons encore une fois, je parle bien de choix par défaut car, en fait, l'idéal serait de ne rien choisir mais puisque nous sommes là sur terre, amusons-nous. Michel Houellebecq a parlé de l'intérêt que suscita momentanément Adolf Hitler sur Lovecraft. On comprend dans ces pages les motifs qui ont pu provoquer cette adhésion et, mieux encore, on découvre aussi pourquoi cela ne dura pas. Toute personne qui prend son rôle d'être humain un peu trop au sérieux sur cette planète est priée de disparaître rapidement du champ de conscience lovecraftien. Les bons petits apôtres comme les méchants petits diables devraient en prendre de la graine : 


« Qui veut réellement avoir une importance cosmique ? Qu'est-ce que cela nous apporterait de bon si tel était le cas ? Il vaut mieux profiter le plus agréablement possible de notre brève existence matérielle, et lorsque ce phénomène éphémère appelé vie disparaîtra de la planète, nous ne nous rendrons même pas compte de la différence. Au lieu de nous lamenter sur notre insignifiance, contentons-nous de ce que nous avons, cultivons notre curiosité intellectuelle par l'étude et développons notre sens esthétique par l'imagination et la création artistique. Si notre ego a besoin d'être stimulé, eh bien disons-nous que, de tout notre champ de connaissances, nous sommes la plus complexe des formes organisées. Même si nous ne sommes qu'un accident éphémère, les mécanismes de transformation d'énergie dont nous procédons sont d'une nature plus subtile que tout ce que nous connaissons par ailleurs. »


La troisième partie du recueil est constituée d'un essai rédigé par Sonia, celle qui fut un temps l'épouse de Lovecraft. On découvre l'écrivain sur le plancher des vaches, ce qui n'est pas déplaisant. Lovecraft adorait les sucreries et, à trente-cinq ans passés, il recevait régulièrement de l'argent de poche de son épouse pour aller boire des milk-shakes avec ses copains et pour s'acheter des brimborions. Quel connard. Sa passion majeure était la suivante : « les portes voûtées et les petites fenêtres à carreaux en forme de losange ». Sonia imagine qu'elle a permis à Lovecraft de remédier partiellement à son manque de confiance en lui –elle essayait de se réconforter d'avoir perdu autant de temps avec ce bonhomme ennuyeux. Lovecraft lui exprimait sa reconnaissance du mieux qu'il le pouvait –c'est-à-dire assez médiocrement- en lui disant : « Ma chère, tu ne peux pas imaginer à quel point je t'apprécie». Cet autisme relatif explique pas mal de choses et, par exemple, éclaircit l'ennui qu'on peut ressentir lorsqu'on lit ses nouvelles. Non pas que l'autisme soit une tare mais, enfin, il constitue la plus haute forme d'élitisme. Toi, lecteur, j'espère que tu n'y as pas plus accès que moi.

1 commentaire:

  1. La correspondance de Lovecraft est réputée, Houellebecq y a puisé abondamment pour écrire son essai. Je crois que je la lirai un jour. Vous tapez sur l’auteur des nouvelles, et là vous perdez votre objectivité. Lovecraft est un auteur culte, ce n’est pas pour rien, il a créé un univers et s’y est tenu avec une cohérence remarquable. J’ai moi-même écrit récemment un petit billet pour saluer son talent. Si vous cherchez des auteurs moins « emmerdants », vous pouvez toujours vous rabattre sur Guillaume Musso, il y a plus de rebondissements, moins de développements « ennuyeux ».

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