jeudi 7 janvier 2016

Le Sacré – L’élément non rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel (1917) de Rudolf Otto




Le Sacré par Otto

Ce n'est pas la première fois mais je vais encore être obligée de vous parler d'une devinette de papillote. Question : « Qu'obtient-on en croisant un sapin de noël et une pomme ? ». Réponse : « un ananas ». Je n'ai pas pu dormir de toute la nuit à cause de cette devinette. Quelqu'un peut-il m'aider à comprendre ? Ce que j'ai vu, en tout cas, c'est que de la sacro-sainte naissance de Yésus, on en fait peu de cas maintenant, c'est tout réduit à sapin, ananas et gode emballé. Quand donc nous parviendra le grand seigneur ? Michel (Houellebecq) pète ses durites le dimanche, jour détestable de mollesse généralisée, alors que nous devrions louer le ciel par crainte qu'il ne nous éclate à la gueule si nous le méprisons : 
« Splendeur de Dieu, éclate ! 
Je viens de m'acheter une poupée en plastique »

Nous en sommes là. Posez-vous la question : préférez-vous les nuits enfiévrées de fantasmes amoureux, ou les insomnies vides qui signent le néant de votre vie ? Factuellement, that's the same. Intérieurement, la première option vous refourgue une énergie torrentielle, la seconde vous rend crétin des alpes. le même écart sépare la civilisation du sacré de la civilisation pseudo-laïque. On nous raconte que la deuxième option vaut mieux parce qu'au moins « on ne tue pas des innocents ». Foutaises. Combien des vôtres sont déjà morts, et combien d'entre vous mourront d'un cancer civilisationnel ? On tue toujours autant mais comme des frigides, ça ne fait même plus plaisir à ceux qui restent vivants pour contempler le résultat. 

Ici, Rudolf Otto nous raconte ce que c'est que le sacré –preuve que ledit sacré devait être déjà bien dégénéré à son époque qu'on se sente obligé d'en rappeler les bases. D'ailleurs, Rudolf avertit d'emblée : « Nous invitons le lecteur à fixer son attention sur un moment où il a ressenti une émotion religieuse profonde et, autant qu'il est possible, exclusivement religieuse. S'il en est incapable ou s'il ne connaît même pas de tels moments, nous le prions d'arrêter ici sa lecture ». Je suis d'accord, on ne devrait pas donner à croquer les merveilles du divin à ceux qui n'ont pas de dents, ils croiraient encore qu'on veut leur arracher celles qu'ils n'ont plus. Mais c'est pas vraiment de dieu dont il est question ici –c'est de l'aura d'une civilisation jusqu'à ce qu'elle tombe sur la petite tête individuelle, la tienne, la mienne, celle du voisin et qu'elle lui fasse voir le miracle de l'existence au-dessus de ses bocaux de tripes de caen. Qui encore me répétait hier « peu importe les moyens, ce sont les fins qui comptent » ? Personne, sans doute, mais ça aurait pu se produire.

Otto recommande aux seuls avertis de l'émotion religieuse de lire son livre et il fait bien. L'écriture emmerde et finira d'étrangler les ricaneurs dans leur bave laïque. Retracer l'historique du sacré d'après des bases étymologiques n'est pas convaincant. Les références sont maigres et plus philosophiques que religieuses. On lira beaucoup causer de Schleiermacher, Fichte, Platon, Hegel, etc. Une belle tentative est toutefois esquissée dans le sens développé par Jean-Charles Pichon : union des opposés pour nouveau syncrétisme. Citons ce passage : « Les éléments non-rationnels qui restent vivaces et vivants dans une religion la préservent de dégénérer en rationalisme. Les éléments rationnels dont elle est abondamment saturée la préservent de tomber dans le fanatisme ou le mysticisme ou d'y demeurer et l'élèvent au rang de religion qualitativement supérieure, cultivée, de religion de l'humanité ». Foiré Otto, nous avons chu dans le rationalisme. Tu aurais dû mieux écrire. Mais le numineux, c'est peut-être fait exprès qu'il soit si difficile à communiquer ?

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