dimanche 31 janvier 2016

Le poème continu - Somme anthologique (1961-2008) d'Herberto Helder


On écrit un poème ou on ne l'écrit pas, mais on n'écrit pas un poème pour se demander pourquoi on écrit un poème. Je lis peut-être trop. Je devrais peut-être moins lire. Mais enfin, le livre est là, il faut bien que je le lise. Quelle fatigue de voir un pauvre type se désigner poète, qui nous convoque avec ses grands mots et ses rythmes chiadés et qui prend la pose pour nous dire qu'il écrit un « poème n'échappant pas au pouvoir de la folie », un « poème comme assise non concrète de la création ». Dans ces deux exemples, considérez qu'à chaque fois que le mec parle de poème il pense à lui et vous aurez une représentation assez exacte du narcissisme mégalomane de l'écrivaillon. 


On écrit un poème comme ça, parce que ça fait plaisir. Je me suis toujours méfiée des mecs qui écrivent des poèmes dans lesquels ils se posent des questions métaphysiques sur cette jolie petite éjaculation (au sens noble du terme) qu'est l'objet de leur création même. Il me semble qu'on arrive là à un point de tarissement qui transforme la culture en barbarie. Moi aussi je crains parfois de n'avoir plus rien à raconter parce que, finalement, on a très vite fait le tour de ce qu'on peut dire, mais il faut se souvenir de deux choses. L'une, c'est qu'on trouve toujours assez de pain sec dans notre quotidien à tremper dans notre lait avarié pour que ça se transforme en mots. L'autre, c'est que l'être humain n'a besoin que de respirer, manger, chier, boire et pisser –quoique mes ancêtres soient également de sacrés fornicateurs, preuve en est de mon existence actuelle. Tout le reste est accessoire. A Herberto Helder comme aux autres poètes qui se branlent sur la nature de la poésie, je leur demande de s'en souvenir et de s'abstenir d'écrire lorsqu'ils n'ont plus rien à raconter de personnel. Ils pourraient ainsi sauver leur oeuvre réelle, même si elle n'est pas assez consistante pour être publiée. Car j'aurais dû épargner, en effet, ces morceaux miraculés que j'ai découverts au milieu des spéculations poétiques sans intérêt, ces beaux morceaux troublants et ces images confuses qui ne semblent motivées par aucune nécessité matérielle ou intellectuelle. 


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