jeudi 14 janvier 2016

La Reprise (1843) de Soren Kierkegaard


J'ai lu plein de textes sur « La Reprise » et j'ai entendu plein de mecs parler de ce bouquin avant de le lire, si bien que le moment de la véritable confrontation fut anecdotique : je lus le livre comme un médiocre résumé des analyses auparavant farcies, l'histoire d'amour entre le narrateur et Régine ne réussissant guère à émouvoir les quelques corpuscules de Krause encore rattachés à mon cerveau.

Je vous confirme donc mon pressentiment : si vous avez tout compris du concept de la Reprise avant même d'avoir lu le livre, si vous l'avez compris parce que vous l'avez singulièrement éprouvé, ne perdez pas votre temps à lire cet essai narratif ; à la limite, écrivez votre propre version de la reprise et gardez-la pour vous, cela vaudra mieux pour tout le monde. 

Si vous n'avez pas encore été confronté à ce concept, je vais essayer de le résumer brièvement pour vous éviter de perdre du temps (il y a beaucoup de livres à lire et vous n'aurez jamais le temps de tous les ingérer, ne l'oubliez jamais) : 
- Lorsque vous draguez un être humain parce que celui avec lequel vous êtes actuellement commence à vous lasser (parce qu'en fait c'est de vous dont vous êtes en train de vous lasser, même si vous ne voulez pas le reconnaître), puis que vous réalisez que ce nouvel être humain est aussi insignifiant pour vous que celui dont vous souhaitiez vous évader, vous commettez une REPETITION. Dans l'Autre, vous retrouvez le Même. Vous vivez au stade esthétique : c'est la relation qui vous émeut et non pas l'être humain.
- Si vous vivez au stade éthique, vous avez consenti à épouser l'autre humain avec lequel vous avez lié des contrats moraux, sociaux, professionnels voire familiaux, malgré toute l'indifférence que vous éprouvez désormais (voire déjà avant) pour lui. Vous faites acte d'abnégation pour des principes que vous imaginez supérieurs, mais qui n'en sont pas, si on se met à l'échelle de l'univers. Et l'univers a toujours raison.
- Si vous lâchez toute cette merde sentimentale et si, à l'instar de Kierkegaard, vous consentez à ne plus jamais vous engager dans une histoire sentimentale médiocre avec un autre humain, vous effectuez alors le saut quantique qui vous transportera dans le stade religieux. Vous aimez à nouveau, mais vraiment. Dans l'Autre, vous quittez le Même et découvrez le véritablement Autre.

Le dernier stade est celui qui sera vanté tout au long de ce livre. Pas étonnant puisqu'on se souviendra que Kierkegaard, bousillant son engagement avec la Régine dont il avait toujours rêvé, s'est retrouvé merdiquement seul, pensant peut-être que sa dulcinée pleurerait son amour toute sa vie et se suiciderait –mais non, elle s'est simplement remariée. Il faut bien croire en l'amour d'un Dieu ou d'un idéal supérieur tout différent pour s'en remettre.

Il n'empêche, ce concept de REPRISE n'est pas à jeter et peut servir de base de réflexion qui vous éloignera des autoroutes habituelles. En effet, et c'est ici la conclusion à laquelle je voulais aboutir : rien ne sert de prendre la fuite pour reproduire votre schéma d'errance de prédilection si vous n'avez pas appris à déceler le mécanisme qui plante à chaque fois au fond de votre cerveau pourri. 


Veronica Ebert

1 commentaire:

  1. Un bon résumé de « La Reprise » (ouvrage que je n’ai pas lu) ! Je tirerais une conclusion un peu différente de la vôtre (et de celle de Kirkegaard) : plutôt que de soutenir que la cause de l’échec est en nous et dans notre manie de répétition, mieux vaut carrément reconnaître que toute relation sentimentale est d’emblée vouée à l’échec, puisque contre-nature (la nature n’exigeant d’un couple qu’une relation de fort courte durée). Une fois ceci assimilé, se tourner vers Dieu n’est pas un mauvais choix après tout, et Kirkegaard n’était peut-être pas si stupide que ça…

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