jeudi 16 juillet 2015

Œuvres – Tome 1 (1914-1922) de Walter Benjamin






Walter Benjamin écrivait sans méthode, par bribes décousues, intellectuel itinérant laissant à Theodor Adorno le soin de classer ses pages après sa mort. Le premier tome des Œuvres de Walter Benjamin regroupe quelques-uns de ses essais majeurs écrits entre 1914-1922. C’est la période au cours de laquelle Walter Benjamin conçoit sa théorie du langage autour de deux textes fondateurs : « Deux poèmes de Friedrich Hölderlin » et « Sur le langage en général ». Il considère que le langage est fondé sur une dichotomie opposant une fonction de communication utilitaire à une fonction centrale qui serait capable de révéler l’essence de l’homme par le verbe, dans un dialogue où le destinataire de l’homme serait Dieu –excusez du peu, mais enfin, vous pouvez remplacer ici par n’importe quelle entité transcendante qui vous tient à cœur.


« Le fait que la fonction instrumentale du langage, la communication, l’ait emporté sur sa fonction de nomination et de révélation, est expliqué en termes de péché originel, et la tâche assignée à la philosophie est de travailler à remettre en vigueur la fonction originelle du langage. »


La théorie du langage s’accompagne d’une réflexion sur l’œuvre du critique littéraire (« La tâche de la grande critique n’est ni d’enseigner au moyen de l’exposé historique ni de former l’esprit au moyen de la comparaison, mais de parvenir à la connaissance en s’abîmant dans l’œuvre »). Walter Benjamin aborde les Affinités électives de Goethe ou L’Idiot de Dostoïevski selon le mot d’ordre de Novalis pour qui toute œuvre d’art contient « un idéal a priori, une nécessité d’exister », qu’il tient à la critique de mettre en lumière. Avec Walter Benjamin, la critique devient morale. Une bonne œuvre est celle qui est nécessaire. Certaines situations n’autorisent pas qu’on s’amuse avec les mots. On peut rire et profaner des calembours à tout bout de champ, lorsqu’on communique vraiment, d’une essence à une autre, les mots doivent retrouver leur caractère divin.


Cette conception du langage aura marqué la première étape d’un parcours intellectuel rétrospectivement découpé en trois étapes. Nous découvrons ici un Walter Benjamin métaphysicien dont le programme, à travers l’élaboration d’une nouvelle théorie de la connaissance, serait « de trouver pour la connaissance une sphère de totale neutralité par rapport aux concepts de sujet et d’objet ; autrement dit, de découvrir la sphère autonome et originaire de la connaissance où ce concept ne définit plus d’aucune manière la relation entre deux entités métaphysiques ». Entre les lignes de ses essais, on soupçonne Walter Benjamin d’être un cérébral radical, un littéraire à la plume racée et un homme blessé par les compromis hypocrites de la société (« La vie des étudiants », « Critique de la violence »). Il s’entraîne aux retranchements de la pensée métaphysique et lorsque nous parvenons avec lui au terme de cette réflexion orientée, nous commençons à comprendre les raisons qui conduisirent cette exploration intense sur une impasse. Que nous offre la métaphysique ? Rien de ce qu’un idéaliste aux pieds sur terre comme Walter Benjamin ne pouvait espérer. Dans les années 30, il opèrera un revirement matérialiste dans lequel la fonction politique du langage recouvrira ses fonctions théologique et métaphysique. Il représente ainsi le balancement éternel qui semble caractériser les grands cycles de l’histoire des peuples, entre besoin de spiritualité et besoin de matérialisme. Cette seconde étape du parcours intellectuel de Walter Benjamin sera présentée dans la suite de ses Œuvres mais se trouve déjà annoncée de manière subliminale dans un de ses essais de la première période, « La tâche du traducteur » :


« C’est à partir de l’histoire, non de la nature, moins encore d’une nature aussi variable que la sensation et l’âme, qu’il faut finalement circonscrire le domaine de la vie. Ainsi naît pour le philosophe la tâche de comprendre toute vie naturelle à partir de cette vie, de plus vaste extension, qui est celle de l’histoire. »


Citation :
« Sans la déploration d’une grandeur manquée, on ne peut attendre aucun renouvellement de sa vie. »
Essai sur Deux poèmes de Friedrich Hölderlin 

Citation :
« Chacun trouvera son propre précepte, celui qui présente à sa vie la plus haute exigence. Par voie de connaissance chacun libèrera l’avenir de ce qui aujourd’hui le défigure. »
La vie des étudiants 

Citation :
« Tout langage se communique en lui-même, il est, au sens le plus pur du terme, le « médium » de la communication. »
Sur le langage en général et sur le langage humain 
Sur le langage en général et sur le langage humain 

Citation :
« La question de l’existence de la religion, de l’art, etc. peut jouer un rôle dans la philosophie, mais seulement par le biais du questionnement sur la connaissance philosophique de cette existence. »
Sur le programme de la philosophie qui vient

Citation :
« La fondation de droit est une fondation de pouvoir et, dans cette mesure, un acte de manifestation immédiate de la violence. Si la justice est le principe de toute finalité divine, le pouvoir est le principe de toute fondation mythique du droit. »
Critique de la violence

Citation :
« Le destin est l’ensemble de relations qui inscrit le vivant dans l’horizon de la faute. »
Essai sur les Affinités électives de Goethe


Une clé importante de la compréhension de Walter Benjamin fournie dans la présentation : 
Citation :
« Les hommes ont toujours aspiré à l’émancipation, et le passé ne livre sa véritable signification que si on y redécouvre leur révolte. C’est là sans doute le sens du pacte secret entre les générations dont parle Benjamin dans son dernier texte : la dette des vivants à l’égard de l’aspiration au bonheur qui fut celle des morts. »


*Peinture de Zdzislaw Beksinski

2 commentaires:

  1. J’avais lu un des articles de Walter Benjamin contenu dans ce recueil, j’avais trouvé ça assez brillant mais très compliqué ! C’est une figure marquante, au destin tragique…

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  2. Pas accessible au premier clin d'oeil oui.
    J'ai eu envie de lire Benjamin après le "Manifeste incertain" de Pajak, brillant !

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