dimanche 4 janvier 2015

La Conscience invisible – Les phénomènes paranormaux existent : les preuves scientifiques ! (1997) de Dean Radin






Réputé pour être l’ouvrage de vulgarisation parapsychologique le plus accessible et le plus exhaustif, le livre de la Conscience invisible s’annonce pourtant avec une subjectivité parfois mal assumée. Le développement reste cependant convaincant.


L’introduction généralise tout processus de découverte scientifique et ne s’en tient pas aux seuls progrès de la recherche parapsychologique pour démontrer qu’en matière d’objectivité, aucun grand chercheur ni aucune grande théorie n’ont été parfaitement exempts d’engagement paradigmatique. Parle-t-on vraiment du processus de toute découverte scientifique ? Avec ironie et un brin d’esprit vengeur, Dean Radin se concentre surtout sur les grandes théories qui ont bousculé l’humanité et ont révolutionné ses concepts. La place du martyre revêt certains aspects séduisants surtout lorsqu’il s’agit de faire triompher la vérité et de s’emparer du rôle d’ « éveilleur de conscience » (il s’agit de l’ « ego flatté » dont parle Paul-Louis Rabeyron).


Mais passons plutôt aux motivations honorables. Après avoir distingué le psi de tous ses rejetons moins nobles, et parfois violement conspués par crainte de l’amalgame (ufologie, mystères des civilisations antiques…), Dean Radin souligne surtout l’importance de l’expérience spontanée. Lorsqu’un seul individu raconte une histoire folle, on peut facilement l’oublier, mais lorsque la liste des témoignages s’allonge et qu’elle englobe des individus respectables (nous n’échappons pas non plus à l’argument d’autorité), il devient nécessaire de s’attarder. La recherche parapsychologique est donc une recherche statistique, car elle se fonde sur une expérience au caractère probabiliste, mais elle est aussi une recherche de masse, car elle ne révèle ses particularités qu’en observant ses déviations significatives sur un grand nombre d’expérimentations. Les résultats significatifs en eux-mêmes sont soumis à la controverse : les sceptiques ont-ils davantage nui ou profité à la recherche parapsychologique ? Quoiqu’il en soit, leur incrédulité et leurs contestations ont poussé les chercheurs à perfectionner et à interroger sans cesse davantage leurs méthodes. Un résultat significatif peut lui aussi être dû au hasard et on s’oriente dans un processus sans fin devant conduire la probabilité à être vérifiée par la probabilité –ce que les autres domaines de recherche scientifique plus classiques s’épargnent bien de faire. Mais un jour naquit la méta-analyse, trop neuve pour pouvoir être immédiatement brûlée à son tour. Cela viendra bien un jour.


La pertinence de la méta-analyse appliquée au domaine de la recherche parapsychologique peut être mieux comprise dans une analogie faite avec le monde des performances sportives. Demandera-t-on à un champion sportif de reproduire régulièrement ses performances ? Non, on admettra qu’il puisse ne pas être au faîte de ses capacités tout le temps ; de même, on peut expliquer les failles des études élitistes en appliquant le même raisonnement. Demandera-t-on aux individus d’une foule  de rivaliser avec les performances d’un cas particulier ? Non, on admettra que l’aptitude puisse se distribuer de manière irrégulière sur une population, ce qui peut expliquer les résultats modérés des études universalistes. 


En déployant un arsenal d’expériences passées au crible des critères de reproductibilité et de la méta-analyse, Dean Radin occupe la majeure partie de son ouvrage à lister les expériences mémorables effectuées autour des phénomènes de la télépathie, de la perception à distance, de la perception à travers le temps, de l’interaction esprit-matière, des interactions entre esprits vivants, du champ de conscience et des phénomènes de grande amplitude tels qu’on peut les étudier dans un casino, autour d’un stade de sport ou devant une émission de télévision.


Dean Radin ne déploie jamais un enthousiasme démesuré –car il sait qu’on le lui reprocherait aussitôt. Il évoque certains aspects des controverses qui entourent la recherche psychologique et parle notamment de l’effet chèvre/mouton, de la performance prophétique, du parti pris, de la reconstruction prospective ou des faits saillants. Mais il critique aussi la rigidité des sceptiques et se met dans la position de celui qui vend la peau de l’ours avant de l’avoir tuée, en menaçant les indécis de la honte future qui risque de s’abattre sur eux lorsque la parapsychologie devra atteindre son heure de gloire, lorsque les hommes la maîtriseront et l’appliqueront à tous les domaines de la vie quotidienne –comme on utilise aujourd’hui l’électricité.


Dean Radin ne s’attarde pas sur les risques subjectifs qui pourraient fausser la méthode expérimentale en parapsychologie. Toutes les mesures physiques ont été prises pour y remédier, et les autres domaines expérimentaux ne s’encombrent pas d’autant de précautions. C’est comme si Dean Radin oubliait que la parapsychologie constitue un domaine à part et que les précautions physiques ne sauraient suffire à assurer l’exactitude d’une science qui se veut justement point d’agrégation du physique et du psychique, domaine d’influence conjoint de ces deux tendances que l’histoire a trop longtemps voulu maintenir séparées. Dommage qu’il n’évoque pas la réflexion menée par Guy Béney dans les années 70-80. Si on commence à soulever les paradoxes des interactions de l’esprit et de la matière, on risque de ne plus pouvoir s’arrêter : si les phénomènes semblent se défier du temps et de l’espace, comment peut-on définir précisément un cadre expérimental ? Puisqu’un nombre illimité de facteurs peut être cause du psi, comment s’assurer d’un facteur précisément que l’on aimerait évaluer ? Quelle est l’influence réelle de la disposition des participants à une expérimentation concernant les effets psi mesurables ? Ces quelques questions suffisent à démolir l’édifice expérimental. Le problème relève-t-il de la méthode appliquée au domaine particulier de la parapsychologie ou de la méthode en général ? Devons-nous nous résoudre à ne jamais rien savoir du psi, à renouveler la méthode scientifique, ou à l’abandonner complètement pour la remplacer par une approche encore inconnue ? Ce n’est pas Dean Radin qui nous permettra d’approfondir la question, persuadé quant à lui d’avoir convaincu ses lecteurs de la pertinence de la méthode statistique et de la méta-analyse dans la démonstration scientifique des preuves du psi.


(Franz Kafka n’avait-il pas écrit ?

« Ah, la cohérence. Ces vieilles lunes ! Tous les livres en sont pleins ; dans toutes les écoles, les maîtres l’inscrivent au tableau, la mère en rêve pendant qu’elle allaite son enfant –et toi, mon gars, tu es assis ici et tu me parles de cohérence. Tu dois avoir eu une jeunesse bien dépravée. »)

Quelques phénomènes à l’origine d’erreurs expérimentales. 
Le fait saillant :

« On a nommé « saillance » l’attraction particulière qu’exercent les objets ou les événements plus brillants, bruyants, rares ou excitants que d’autres. Cette attraction est la cause d’innombrables défaillances du jugement humain. Comme nous ne pouvons pas prêter attention à tout, nous retenons de préférence ce qui sollicite davantage notre intérêt, nous détournant ainsi d’une vision d’ensemble. »


La reconstruction rétrospective :

« Les mécanismes mentaux sont ainsi faits que le souvenir des événements passés est modifié, voire reconstruit en fonction du présent. Quand nous découvrons que telle chose est vraie, nous avons volontiers l’impression que « nous l’avons toujours sue » et que nous aurions immédiatement donné la réponse juste si la question nous avait été posée. »


Que devra expliquer la théorie psi ?

« La théorie devra expliquer comment on peut obtenir de l’information à grande distance, hors des limitations habituelles de l’espace et du temps. »

« La théorie devra expliquer comment l’intention mentale peut modifier les processus du hasard. »

« La théorie psi devra expliquer certains phénomènes paraissant indiquer que quelque chose survit à la mort corporelle : les apparitions, les phénomènes de hantise, les OBE (sorties hors du corps) et les NDE (expériences de mort imminente). »
« La théorie devra également rendre compte des phénomènes poltergeist, qui représentent en quelque sorte les premières données brutes et à grande échelle d’interactions entre l’esprit et la matière. »



Et pourquoi a-t-on tellement envie de défendre la théorie psi ?

« Pour que se maintienne la santé physique et morale, non seulement des individus, mais aussi des sociétés, nous devons croire que nous vivons dans un monde riche de sens et de valeurs. Or, le psi évoque un tel « univers conscient », non uniquement comme méthode thérapeutique, mais comme réalité. »


Extrait de la postface :

« Le psi ressemble à un arbre énigmatique au cœur d’une forêt enchantée. Les critiques ne voient pas la forêt parce qu’ils sont trop occupés à  scier les arbres. Les enthousiastes naïfs ne voient pas les arbres parce que la forêt les fascine. Quant aux autres, ils sont absorbés par les soucis de la vie quotidienne, mais ils s‘étonnent en entendant à l’occasion des anecdotes étranges sur les arbres et la forêt, et ils ont parfois la stupeur d’en trouver un qui pousse dans leur jardin. »


*peinture de Theodor Kittelsen

2 commentaires:

  1. Il y a plus dans ce monde que ce que l'on peut voir. Si la science le confirme, tant mieux, mais c'est ce que disent déjà pas mal de doctrines philosophiques et spirituelles...

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  2. Tant mieux si elles y trouvent matière à réglementer et tant pis pour elles autrement...

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