vendredi 16 janvier 2015

Forme et origine de l'Univers - Regards philosophiques sur la cosmologie (2010) sous la direction d’Aurélien Barrau et de Daniel Parrochia






Au XXIe siècle, nous connaissons la cosmologie comme discipline scientifique. Dans deux millénaires, on la présentera peut-être comme une des grandes mythologies cruciales du développement de l’humanité.


C’est une histoire connue : la gravitation d’Einstein et la physique quantique sont les théories désignées comme fondatrices de notre univers et pourtant, elles ne s’entendent pas. On ne peut en choisir une qu’à condition de renier l’autre. Quelque part, dans un coin de l’univers, quelques hommes essaient de les concilier. Leurs tentatives-éprouvettes sont largement spéculatives et se développent dans l’univers propre de leur cerveau. Quant à savoir si celui-ci est infini… 


François Vannucci, dans le quatrième chapitre de cet ouvrage, posait les conditions suivantes :


« Appelons A le domaine des mystères de l’univers, et B la capacité du cerveau humain à les révéler. Il n’y a a priori pas de raison pour que les deux ensembles concordent. »


Si B est plus petit que A, il faut se résoudre à ce que l’homme ne comprenne jamais tous les mystères de l’univers. Mais si B est au moins égal à A, non seulement l’homme pourra peut-être un jour les comprendre, mais il est également le produit d’une coïncidence troublante. Julien Grain, dans le chapitre 9, se risque à une autre proposition timidement miraculeuse :


« Il suffirait […] que l’interaction forte, qui lie les nucléons entre eux, soit légèrement plus intense (d’environ un pourcent) pour que les étoiles ne vivent pas plus d’une seconde, au lieu des quelques milliards d’années observées dans le cosmos. »


On évince bien souvent les espoirs de ceux qui jouent au Loto parce qu’on sait qu’ils ne gagneront certainement jamais. Pourtant, ils ont terriblement plus de chances de ramasser le pactole que de reproduire l’ajustement des paramètres qui, du microcosme au macrocosme, assure la vie et la survie de notre univers. On peut essayer d’expliquer la nature miraculeuse de ce prodige de plusieurs façons. Darwin a essayé de décrire la vie comme un processus adaptatif, d’autres évoquent le dessein intelligent, et les auteurs et scientifiques ayant participé à l’écriture de ce livre adhèrent au moins partiellement au modèle des multivers. Quelqu’un qui achète la totalité des tickets de loterie au cours d’une même journée finira bien par tomber sur le gros lot.


En attendant de savoir si B est plus petit que A ou s’il peut se mesurer à son angoissante complexité, vingt chercheurs scientifiques et philosophes se sont penchés sur la question des multivers pour décliner le thème à l’aune de leur propre singularité. La démarche constitue une étrange mise en abîme : prenez le multivers et faites-le mariner dans un cerveau pendant un certain temps. Brassez, secouez, il en sortira autant de définitions du multivers qu’il existe de penseurs. La singularité s’est effectuée au contact du cerveau, mais le cerveau lui-même n’était-il pas déjà singulier ? La question des origines donne le vertige, les sciences dures butent elles-mêmes là-dessus et c’est peut-être cette difficulté sémantique, liées aux autres limitations épistémologiques, qui empêchent de considérer la cosmologie sous un angle fécond. Selon Etienne Klein, la pensée chinoise étant fondée sur la transition et sur la polarité entre des contraires coexistant sans cesse, sa langue ne connaît pas les mêmes gouffres existentiels que nous : la question des origines ne pourrait même pas être formulée. Devrions-nous essayer de nous extirper de la gangue de notre logique sémantique et syntaxique ?


« [Notre langage] est un langage ontologique, il ne désigne que des « étants » et se trouve par construction incapable de décrire comme ces étants sont advenus à l’existence, de sorte que la question de l’origine devient à la fois inévitable et impossible, tandis que la langue chinoise est une langue qui ne décrit que des procès, et non pas des choses, de sorte que pour elle la question de l’origine est pratiquement intraduisible. »


Mathématique, philosophique, épistémologique, sémantique et mythologique, la cosmologie est abordée sous toutes ses formes dans cette riche collaboration. Les petits hommes travaillent durement à réconcilier la gravitation et la physique quantique et espèrent accoucher de la gravitation quantiqu, ce qui permettrait d’harmoniser les lois et de résoudre les mystères de l’univers. Mais notre pensée semble se trouver dans une impasse qui nécessite bien une révolution néguentropique. Sylvie Vauclair semble sûre d’elle :


« Nous vivons un nouveau vertige qui exige une nouvelle élaboration de la pensée humaine. » 


Et Jean-Charles Pichon décrivait ces époques cruciales avec les mots suivants : 


« A nouveau, brusquement, quelque chose intervient. Dans le cours de l’Histoire, quelque chose apparaît, qu’on ne peut nier et ne sait dire. Le souvenir en reste au cœur de l’homme plutôt qu’en son esprit : Eden, Paradis Terrestre, Âge d’or »

… l’attente d’un nombre croissant d’hommes finira peut-être par produire le nouveau renversement. 


Citation :
« Ce symbole [le serpent d'Ouroboros] se comprend sur un plan spatial et temporel : le serpent marque la limite ultime du monde humain dans la géographie symbolique et renvoie aussi à une conception cyclique du temps. »

Et le symbole permet de comprendre ce que serait une conciliation de la physique quantique et de la gravitation : une compréhension globale du continu dans le discontinu, à moins que ce ne soit l'inverse ?

Inspiration-source : Wittgenstein ?

Citation :
« Lorsque Wittgenstein contemple l’homme consultant un oracle à celui interrogeant un physicien et conclut que notre propension à favoriser le second n’est fondée que sur nos jeux de langage dans la mesure où « lorsque deux principes qui ne peuvent être réconciliés se rencontrent chaque homme nomme l’autre un fou et un hérétique », Putnam doit –en dépit de son adhésion réclamée à la méthode analytique- procéder à un véritable détournement de sens pour nier la dimension clairement relativiste de la position wittgensteinienne. »


Définition de la science selon Isabelle Stengers :

Citation :
« invention du pouvoir de conférer aux choses le pouvoir de conférer à l’expérimentateur le pouvoir de parler en leur nom. »


Réenchanter, c’est accepter d’entendre tous les chants. Jusqu’à celui du bouc. Ce qu’on nomme, littéralement, la « tragédie ».


*peintures de Kathryn Brimble

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