samedi 25 octobre 2014

Mon combat (1925) d’Adolf Hitler

Comment Adolf Hitler s’est-il passé le temps en prison ?

Dans le premier volume de son Combat, il dresse un bilan du contexte social, économique, politique, culturel et historique (dans une démarche plutôt intégrale) des dernières décennies de l’Allemagne. La petite histoire personnelle d’Adolf Hitler rejoint la grande. On y découvre un enfant et un adolescent animés d’idéaux sains, loin de nourrir les idées antisémites qu’on lui connaît. Il exprime d’ailleurs de cette manière sa première lecture des brochures antisémites de son temps :


« L’affaire me paraissait si monstrueuse, les accusations étaient si démesurées, que, torturé par la crainte de commettre une injustice, je recommençai à m’inquiéter et à hésiter. »


Ses aspirations générales, encore floues au cours de sa jeunesse, connaîtront un parcours qui le conduira à devenir le personnage que l’on connaît. La partie autobiographique du premier volume est troublante car elle nous montre le caractère aléatoire de la construction d’une identité : seulement extrême dans ses ambitions, dévorée par un Surmoi inflexible, la personnalité du jeune Hitler n’est pas si différente de celle des autres hommes de son âge. Il s’agit de refuser la soumission des Pères et de corriger leurs erreurs en adoptant un comportement à l’opposé du leur. Les Pères, mous et efféminés, corrompus et soumis, ne défendent plus dignement l’héritage des ancêtres. Adolf Hitler bouillonne. Il ne sait pas encore ce qu’il deviendra mais il sait déjà ce qu’il ne veut pas être :


« Je ne voulais pas être fonctionnaire. […]
En vain mon père essayait-il d’éveiller en moi cette vocation par des peintures de sa propre vie : elles allaient contre leur objet. J’avais des nausées à penser que je pourrais un jour être prisonnier dans un bureau ; que je ne serais pas le maître de mon temps, mais obligé de passer toute ma vie à remplir des imprimés. […]
Je deviendrais « quelqu’un » -mais pas un fonctionnaire ! »



La Première Guerre Mondiale constitue l’événement qu’il n’espérait plus. Il participe au combat pour défendre l’Allemagne et rêve de la coalition harmonieuse de tout un peuple pour défendre son prestige.


« Une seule inquiétude me tourmentait alors, ainsi que tant d’autres : celle d’arriver trop tard sur le front. Cela m’empêchait souvent de trouver du repos. »


Mais ici, Adolf Hitler remarque rapidement que tous ne partagent pas sa vision du combat. Dans le clan des allemands, une quantité trop nombreuse de soldats ne semblent pas vouloir s’impliquer. Ils démissionnent et abandonnent leur nation, ce qui semble incompréhensible pour Hitler. Il cherche alors frénétiquement à trouver les causes d’une disposition d’esprit aussi décadente. L’Allemagne signe l’armistice, le traité de Versailles est entériné. Hitler n’est pas le seul à l’avoir dit mais il le répète douloureusement et à plusieurs reprises : ce traité est un acte d’humiliation du peuple Allemand, une violence d’autant plus cruelle qu’elle est symbolique et ne porte pas son vrai nom.


« Ainsi, vains étaient tous les sacrifices et toutes les privations ; c’est en vain que l’on avait souffert de la faim et de la soif durant d’interminables mois, vaines les heures pendant lesquelles, serrés par l’angoisse de la mort, nous accomplissions néanmoins notre devoir ; inutile, le trépas de deux millions d’hommes qui trouvèrent la mort. […]
Etait-ce pour cela que ces enfants de dix-sept ans étaient tombés dans la terre des Flandres ? Etait-ce le but du sacrifice que la mère allemande offrait à la patrie lorsque, d’un cœur douloureux, elle laissait partir pour ne jamais les revoir ses enfants infiniment chers ?»



Ce n’est pas difficile de comprendre la douleur d’Adolf Hitler. Son malheur est d’avoir été un homme trop bouillonnant, dirigé en partie par son intellect, mais surtout par sa volonté –une volonté aveugle et utopique dans ses délires de grandeur. Hitler trouve une explication facile aux problèmes de son époque en désignant un complot mené par les juifs contre le peuple aryen. Le capital est son outil de guerre. Dans cette perspective, on ne s’étonnera donc pas que les idées économiques de Hitler soient en quasi-accointance avec les conceptions des décroissants actuels : le capital doit être un moyen et non la fin d’un état, et l’industrialisation frénétique provoque l’affaiblissement d’un peuple qui ne maîtrise plus son activité professionnelle, oublie de se doter d’une production agricole autonome et cède au pessimisme et à l’apolitisme. 


« Dans la même mesure où l’économique monta au rang de maîtresse et de régulatrice de l’Etat, l’argent devint le dieu que tout devait servir et devant qui tout devait s’incliner. »


Hitler ramène sur le même plan d’égalité argent et judaïsme. Le croyait-il vraiment ou n’usait-il de ce raccourci qu’en vertu de ses principes de propagande ? 


« Toute propagande doit être populaire et placer son niveau spirituel dans la limite des facultés d’assimilation du plus borné parmi ceux auxquels elle doit s’adresser. »

Il ne faut pas oublier non plus qu’Adolf Hitler a pu être influencé par les théories philosophiques et biologiques de son époque, parmi lesquelles on peut citer les plus évidentes : Darwin (pour la loi de l’évolution), Schopenhauer (pour le triomphe de la Volonté) et Nietzsche (pour l’amour de la force et de la puissance).


Le second volume du Combat a une vocation plus didactique et égrène les étapes de la carrière idéologique que Hitler veut faire suivre à son parti politique. En le lisant, on comprend que le nazisme hitlérien est définitivement aboli car ses principes se fondent sur la vision encore morcelée d’un monde divisé en colonies. De même, les mouvements religieux et économiques semblaient s’opposer plus strictement qu’aujourd’hui, alors que la profusion et l’ambivalence estompe les démarcations entre les courants de pensée différents. Ce n’est pas dans les détails qu’Adolf Hitler se montre le plus dérangeant –même si l’on sait ce qu’il advint par la suite- mais dans le mouvement global de la construction de son idéologie : jeune homme plein d’idéaux, déçu et blessé par la réalité d’un monde qui ne se présentait pas à la hauteur de ses ambitions, il a voulu prendre le taureau par les cornes pour réformer un système qui tombait en déliquescence, dans la bourbe d’un matérialisme et d’un individualisme croissants. Toute ressemblance…


Remarques en vrac proposées par Hitler : volonté d’une nation de rester indépendante à l’égard de tout autre système extérieur (le spectre de l’Europe ?) ; l’épanouissement économique n’est pas un signe de santé sociale et politique ; lourdeur des programmes scolaires trop intellectualisants ; application du principe de démagogie par le biais principal de la propagande ; critique du suffrage universel direct et du système parlementaire ; nécessité du syndicalisme.


Pour le reste, Hitler propose une démarche d’application de ses principes qui ne serait plus transposable mot à mot aujourd’hui car elle se base essentiellement sur le jeu entre les alliances de quelques puissances parmi lesquelles les Etats-Unis, la France, l’Angleterre, l’Italie et la Russie. Serait-ce encore pertinent aujourd’hui ? Reste cependant la propagande qui rejoint la compréhension de la masse dont Hitler avait su faire preuve. Bien conscient que la réussite de son projet ne pouvait avoir lieu sans qu’il ne convainque le peuple allemand, il laisse déjà pressentir son triomphe lorsque ses auditions publiques provoquent un enthousiasme général de plus en plus incontrôlable. 


« Lorsque enfin j’exposai à la foule, point par point, les 25 propositions et que je la priai de prononcer elle-même son jugement, tous ces points furent acceptés au milieu d’un enthousiasme toujours croissant, à l’unanimité, et encore, et toujours à l’unanimité, et quand le dernier point eût ainsi atteint le cœur de la masse, j’avais devant moi une salle pleine d’hommes, unis par une conviction nouvelle, une nouvelle foi, une nouvelle volonté. »


Quel vide désolant a su combler Hitler ? Et quelle vitalité moitié-douleur, moitié-force a pu se révéler en lui, à la manière d’un principe artistique, lorsqu’il s’étonne de lui-même, parlant comme sous l’emprise d’une possession devant une foule d’abord hostile puis conquise ?


« Maintenant, en effet, se présentait à moi l'occasion de parler devant un plus nombreux auditoire et ce dont j'avais toujours eu la prescience se trouvait aujourd'hui confirmé : je savais parler. »


Après cette lecture, on ne peut plus se jeter contre Hitler comme il s’est jeté contre les juifs, à moins de vouloir lui rendre un hommage qu’il aurait certainement su apprécier.


On croirait entendre Zarathoustra :

Citation :
« Je remercie cette époque de m’avoir rendu dur et capable d’être dur. Plus encore, je lui suis reconnaissant de m’avoir détaché du néant de la vie facile, d’avoir extrait d’un nid délicat un enfant trop choyé, de lui avoir donné le souci pour nouvelle mère, de l’avoir jeté malgré lui dans le monde de la misère et de l’indigence et de lui avoir ainsi fait connaître ceux pour lesquels il devait plus tard combattre. »


Et on croirait lire Schopi... :

Citation :
« La nature ne s’attache pas tant à la conservation de l’être qu’à la croissance de sa descendance, support de l’espèce. »


Lorsque le darwinisme s'applique à la civilisation :

Citation :
« Tandis que la nature, tout en laissant les hommes libres de procréer, soumet leur descendance à une très dure épreuve –et parmi les individus en surnombre choisit les meilleurs comme dignes de vivre, les garde seuls et les charge de conserver l’espèce- l’homme limite la procréation, mais s’obstine, par contre, à conserver à tout prix tout être, une fois né. »

Citation :
« Tout croisement de deux êtres d'inégale valeur donne comme produit un moyen-terme entre la valeur des deux parents. C'est-à-dire que le rejeton est situé plus haut dans l'échelle des êtres que celui des parents appartenant à une race inférieure, mais reste en dessous de celui qui fait partie d'une race supérieure. Par suite, il succombera, plus tard, dans le combat qu'il aura à soutenir contre cette race supérieure. Un tel accouplement est en contradiction avec la volonté de la nature qui tend à élever le niveau des êtres. Ce but ne peut être atteint par l'union d'individus de valeur différente, mais seulement par la victoire complète et définitive de ceux qui représentent la plus haute valeur. Le rôle du plus fort est de dominer et non point de se fondre avec le plus faible, en sacrifiant ainsi sa propre grandeur. Seul, le faible de naissance peut trouver cette loi cruelle ; mais c'est qu'il n'est qu'un homme faible et borné ; car, si cette loi ne devait pas l'emporter, l'évolution de tous les êtres organisés serait inconcevable. »


Hitler semble pressentir l’ère du Verseau telle que décrite par Pichon. L’avenir viendra par la domination de la jeunesse... Une certaine jeunesse, pour Hitler :

Citation :
« Quiconque connaît l'âme de la jeunesse, comprendra que c'est elle qui peut écouter avec le plus de joie un pareil appel. Sous mille formes, elle mènera ensuite la lutte à sa façon et avec ses armes. Elle refusera de chanter des chansons étrangères ; elle exaltera d'autant plus les gloires allemandes que l'on voudra l'en éloigner ; elle économisera sur ses friandises le trésor de guerre des grands ; elle sera rebelle et très avertie contre les professeurs étrangers ; elle portera les insignes interdits de son propre peuple, heureuse d'être punie ou même battue pour cette cause. Elle est donc en petit l'image fidèle des grands, souvent même avec une inspiration meilleure et mieux dirigée."

Des petites réflexions en vrac qui n'ont pas disparu aujourd'hui, et qui constituent aussi l'apanage des réflexions "engagées de gauche" ou "décroissantes". Surprenant:

Citation :
« La lutte contre la finance internationale et le capital de prêt est devenue le point le plus important de la lutte de la nation allemande pour son indépendance et sa liberté économique. »


Citation :
« Détresse et chômage commencèrent à se jouer des hommes, ne laissant que des souvenirs de mécontentement et d’amertume : le résultat fut, semble-t-il, la coupure politique entre les classes.
Malgré l’épanouissement économique, le découragement se fit plus grand et plus profond, et il atteignit un tel degré que chacun se persuada que « cela ne pouvait plus durer longtemps ainsi » sans que les hommes se soient représentés de façon précise ce qui aurait pu se produire, ce qu’ils feraient ou ce qu’ils pourraient faire. » 


Citation :
« Les programmes des écoles primaires et secondaires, particulièrement, sont de nos jours un absurde fatras ; dans la plupart des cas, la pléthore des matières enseignées est telle que le cerveau des élèves n’en peut garder que des fragments et que, seul encore, un fragment de cette masse de connaissances peut trouver son emploi ; d’autre part, elles restent insuffisantes pour celui qui embrasse une profession déterminée et est obligé de gagner son pain. »


Citation :
« Aussitôt que les gens auront acquis la conviction que, grâce à l’épargne, ils pourront acquérir une toute petite maison, ils ne se consacreront plus qu’à ce but et il ne leur restera aucun loisir pour la lutte politique contre ceux qui, d’une façon ou d’une autre, songent à leur reprendre un jour les « sous » épargnés. »


Citation :
L'état contre nature dans lequel nous nous trouvons actuellement fait partie de ces phénomènes morbides généraux qui caractérisent la décadence matérialiste de notre temps. »


*peinture "A Grave Situation" (1946 - Roberto Matta)

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