mercredi 15 octobre 2014

Les morts nous parlent (1988) de François Brune

François Brune aimerait changer la vie de ceux qui ne pensent jamais au-delà de la mort, sans se douter que ceux-ci ne liront sans doute jamais son livre. Quant aux autres, cela tombe bien, ils n’attendent qu’une démonstration habile de leurs croyances.


Les premiers chapitres compilent presque objectivement les expériences commises au cours de ces derniers siècles dans le domaine de la communication avec les morts. François Brune ne cherche pas à les expliquer rationnellement car il admet que certains phénomènes doivent rester un mystère pour l’homme : nous pouvons les expérimenter, mais nous n’avons pas encore les moyens de les comprendre. Quelques pistes sont parfois lancées sous forme de modestes propositions : ainsi l’inertie des images et des sons, pouvant parfois se prolonger de nombreuses années après leur apparition, pourraient expliquer certaines visions ou enregistrements magnétiques. Mais ils n’expliquent pas les dialogues directement enregistrés entre un homme vivant et un esprit de l’au-delà alors que les témoignages foisonnent. 


Cette première partie, proposant et critiquant modestement une certaine quantité de formes de communication avec l’au-delà, ne se poursuit malheureusement pas sur le même ton. Bientôt, François Brune se désintéresse des phénomènes en eux-mêmes pour bâtir une théorie de la vie dans l’au-delà. Bien qu’il admette que la grande quantité des témoignages rapportés de l’autre monde se contredisent très souvent et représentent une diversité des personnalités aussi riche que celle qui régit notre monde, il essaie de repérer les facteurs communs des conversations rapportées afin de dessiner l’image la plus probable possible du monde qui nous attend après notre mort. Le discours devient alors très banal. Les Expériences de Mort Imminente transmettent une énergie lumineuse puissante qui est la force d’amour ; nous retrouvons nos proches décédés voire notre ange gardien ; nous retrouvons notre vie dans toute son étendue afin de juger de ses accomplissements et de ses échecs. Tout ceci a bien sûr une fonction édifiante et devrait nous permettre de progresser, bien qu’on ne sache pas précisément dans quelle direction.


François Brune redéfinit sans cesse les conceptions catholiques de l’au-delà et surprend par sa souplesse d’esprit, quasi-reniement de sa fonction ecclésiastique de prêtre, pour mieux s’accorder avec les constantes universelles de toutes les religions confondues. Les morts nous encourageraient non pas à viser la perfection mais l’Amour (personne ne peut donc se dérober) et dans cette liesse cosmique, alors que François Brune nous a presque convaincu de l’indéniable égalité de toutes les formes de la foi, Jésus Christ fait une apparition triomphale. La dernière partie du livre est une ode en son honneur, et chaque témoignage ne devient plus qu’une métaphore humblement soumise au Messie chrétien.


Erreur de fin de parcours ou conviction réelle de François Brune, cette fixation christique qui semble relever d’une confession de foi personnelle amoindrit la portée des premières considérations. Encore une fois, dans le domaine du paranormal, l’objectivité et la subjectivité réunies conduisent à de curieuses conclusions…

Un peu de mystère autour des premières expériences d'enregistrement magnétique menées par F. Jürgenson et C. Raudive :

Citation :
« Si la bande se déroulait lors de l’enregistrement à la vitesse 9,5 à l’audition, on pouvait très bien percevoir aux mêmes endroits trois et même quatre voix de défunts différentes : une à la vitesse de l’enregistrement, donc 9,5 ; une autre à la vitesse accélérée de 19, avec un autre texte mais prononçant à la vitesse normale ; une autre encore avec un troisième texte prononcé à vitesse en déroulant la bande au ralenti, c’est-à-dire à vitesse 4,75 ; et parfois, ce qui est encore plus inexplicable, une quatrième voix, normale, avec un quatrième texte, en faisant passer la bande en marche arrière. »


Une idée intéressante : les images et sons comme phénomène d'inertie :

Lettres de Pierre, tome I a écrit:
« Il reste toujours une « image indélébile » des tableaux du passé –ce que vous appelez la psychométrie –donc, si vous saviez le voir, une sorte de « cliché » de notre passage reste visible pour les yeux de l’esprit. […] Sur les champs de bataille, petite Maman, nos ombres sont demeurées ! la musique sonne encore les charges furieuses et la Marseillaise ; le drapeau frisonne… mais ce sont des images prolongées et non pas une réalité objective. »


Le monde comme résultante de notre conscience... une idée de plus en plus admise conjointement au développement des pensées quantiques (on ne se disperse pas un peu là ? on passe du dialogue avec les morts à l'existence plus généralisée des liens invisibles):

Citation :
« C’est la résultante de la pensée de l’ensemble de l’humanité qui détermine l’état physique actuel du monde et le niveau de vibration, atteint par la matière composant ce monde, à commencer par notre corps de chair. »

Citation :
« Le temps et l’espace mêmes, tels que nous les éprouvons, sont les conséquences de notre niveau de conscience collectif […]. »


Il n'empêche, c'est philosophique (et même éthiquement) très puissant :

Citation :
« Il nous faut montrer maintenant comment notre pensée, au sens large, notre conscience, nos désirs, nos craintes, nos haines sont déjà des créations. Par nos sentiments, nous créons sans cesse, et dès ce monde-ci, des forces, des courants d’ondes, des flux, qui, une fois produits, vont continuer leur course, indéfiniment, comme des ondes radio émises dans l’espace. »


A la fin se présente une conclusion qui n'a plus rien de rationnel ni d'objectif. La fonction de prêtre de François Brune ne peut pas être occultée plus longtemps. Pourquoi, dans ce cas, avoir prétendu à l'impartialité jusqu'aux derniers chapitres ? Peut-être sommes-nous permis d'interpréter personnellement ce Jésus Christ en manière de symbole ? ...

Citation :
« Beaucoup ont abandonné ou abandonneront la foi en la divinité du Christ parce qu’ils n’en ont pas vraiment vécu. […] Mais pour ceux qui auront, ne serait-ce qu’un instant, compris le degré d’amour pour l’homme que l’incarnation de Dieu implique, il ne sera plus jamais question d’abandonner un tel trésor. »


peinture de Ernst Ferdinand Oehme, Procession dans le brouillard

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire