lundi 20 octobre 2014

Le monde comme volonté et comme représentation (1818) d’Arthur Schopenhauer

Le monde comme volonté et comme représentation (1818)



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Le secret du Monde comme volonté et comme représentation est révélé dans son dernier paragraphe ; auparavant, il aura fallu parcourir un millier de pages qui laissent songeur… reflets de la modification d’un paradigme ou apports véritablement originaux ? Arthur Schopenhauer considérait son travail de réflexion à la manière d’une conciliation des antiques dualismes représentés d’un côté par Spinoza, de l’autre par Descartes :

« Toute philosophie jusqu’à ce jour a pris l’une ou l’autre de ces deux voies [union ou négation du dualisme de l’esprit et de la matière]. Je suis le premier à m’en être écarté, en posant l’existence réelle de ce tertium : l’acte de volonté, d’où naît le monde, est l’acte de notre volonté propre. »


Tertium d’originalité, Schopenhauer a sans doute concilié les prémisses d’une nouvelle mode intellectuelle passionnée de contestation classique et une personnalité innovante. Arthur Schopenhauer, en faisant la synthèse fortuite de toutes les idées marginales ou émergentes de son époque, semble d’abord n’être qu’un répétiteur avide de grotesque. Le temps passe, on connaît la suite : Schopenhauer fait oublier ses influences et devient le maître à penser d’un nombre toujours plus croissant de rejetons spirituels, qui voient en lui le représentant du pessimisme.


N’est-ce pas aller un peu trop vite en besogne ? Arthur Schopenhauer prend un plaisir malin à souligner les caractéristiques de la décrépitude de nos existences individuelles. En vrac : « Il n’y a qu’une erreur innée : celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux » ; ou bien : 
« L’existence humaine tout entière nous dit assez nettement que la souffrance est la véritable destination de la vie » ; ou encore : « La mort doit être considérée sans aucun doute comme le but véritable de la vie : au moment où elle se produit, se décide tout ce dont le cours entier de la vie n’était que la préparation et la préface ». Et si l’on se morfondait autant parce que nous faisions fausse route ? Avec l’habitude que nous avons prise de considérer l’existence de nos points de vue personnels, parce que nous croyons que nous sommes le centre du monde, son objet de gloire et d’intérêt, parce que nous privilégions nos réussites personnelles plus que nous veillons à assurer la cohésion de l’ensemble, nous avons toutes les raisons d’être malheureux. Belle voie de conciliation que la suivante : en termes matérialistes, privilégiant la physiologie, l’anatomie et la raison au détriment de tout le reste, Schopenhauer nous ouvre les yeux sur l’existence du principe absolu de la Volonté. L’exemple le plus connu des malversations de cette puissance est représenté dans son chapitre de la « Métaphysique de l’amour sexuel ». Pourquoi l’amour nous transporte-t-il sur des sommets d’ébriété si brièvement ? Pourquoi le bonheur cède-t-il ensuite sa place au dégoût, à l’ennui puis à la haine ? Parce qu’il n’est qu’une ruse que la Volonté déploie vis-à-vis de l’individu pour le faire participer à l’effort de régénération continuelle de l’espèce au détriment de ses intérêts personnels :


« Le but dernier de toute intrigue d’amour, qu’elle se joue en brodequins ou en cothurnes, est, en réalité, supérieur à tous les autres buts de la vie humaine et mérite bien le sérieux profond avec lequel on le poursuit. C’est que ce n’est rien moins que la composition de la génération future qui se décide là. »


Une fois que la Volonté a obtenu ce qu’elle désirait (la naissance de nouveaux individus), l’amour n’a donc plus de raisons d’exister. Frédéric Beigbeder l’a cyniquement bien compris lorsqu’il publiait L’amour dure trois ans.


Et pourtant, les conceptions de Schopenhauer peuvent conduire à la libération du lecteur vacciné contre le pessimisme. D’une conception quasi-religieuse de la Volonté, considérée comme principe absolu et indétrônable, raison de vivre et instrument d’asservissement des hommes, Schopenhauer fait émerger une nouvelle forme de liberté plus puissante que celle qui ne connaissait pas le pessimisme.


« [L’acte de volonté] est libre ; car le principe de raison, qui donne seul un sens à une nécessité quelconque, n’est que la forme de son phénomène. »


Non pas contre, mais en face du monde comme volonté, se propose le monde comme représentation. Lorsque le premier nous conduit au pessimisme, ne jamais oublier la force du second :


« Le monde est ma représentation. –Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l’homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu’il est capable de l’amener à cet état, on peut dire que l’esprit philosophique est né en lui. Il possède alors l’entière certitude de ne connaître ni un soleil ni une terre, mais seulement un œil qui voit ce soleil, une main qui touche cette terre ; il sait, en un mot, que le monde dont il est entouré n’existe que comme représentation dans son rapport avec un être percevant, qui est l’homme lui-même. »

Le monde comme volonté ne peut jamais aller à contre-sens de l’humanité. Si ses conséquences me blessent, si je n’arrive pas à les accepter sereinement, il me reste heureusement la possibilité de réviser le monde comme représentation. La vision organique et biologique devient une nouvelle forme d’illumination mystique : rappelle-toi que tu n’es jamais qu’un peu de chair et d’os, et que les autres ne valent rien de plus. Que sont une humiliation ou une déception en face de cette incroyable farce ?


On se doutera bien que sur plus d’un millier de pages, Arthur Schopenhauer se livre et délivre dans toute la multitude de ses contradictions, de ses interrogations et de ses (étonnantes) certitudes. En vrac, il nous parle de la nature du temps, s’interroge sur la particularité de la raison humaine par rapport à la raison animale, dénigre le nouveau mythe de la science (ce qui inspira certainement Nietzsche lorsqu’il écrivit Par-delà le bien et le mal : « […] la science, en effet, ne saurait pénétrer jusqu’à l’essence intime du monde ; jamais elle ne dépasse la simple représentation, et, au fond, elle ne donne que le rapport entre deux représentations »), s’interroge sur la portée du langage (Wittgenstein s’en est-il inspiré : « Je l’avoue, je tombe ici dans un langage figuré et mystique ; mais c’est le seul qui permette encore de s’exprimer en quelque façon sur ce sujet totalement transcendant »), analyse l’humour, dissèque le bonheur, tourne autour de l’esthétique en y rattachant différentes formes artistiques au sommet desquelles il couronne la musique, redéfinit le concept d’Idée platonicienne, cerne la raison d’être de l’Etat, vénère et détruit son prédécesseur Kant, se moque de ses contemporains et des allemands, lorsqu’il se fait le porte-parole des dernières découvertes physionomiques de son temps. Cela pourrait être long et fastidieux, mais Schopenhauer écrit agilement, avec un ton parfois précieux qui oscille pourtant entre légèreté et cynisme, et nous donne l’occasion de découvrir un cabinet des curiosités composé des plus incroyables idésoïdes germés de son esprit trublion. De là à se passionner d’un bout à l’autre de son traité, reste une étape que la frêle constitution de notre individualité ne saura pas franchir, peut-être parce que nous ne sommes pas encore ce « sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps » qui constitue l’horizon de Schopenhauer et la source d’inspiration du surhomme.


Arthur Schopenhauer n’a pas permis seulement aux vieux Nietzsche, Wittgenstein, Huysmans, Zola, Proust, Bergson… que nous connaissons de faire du sang neuf avec de vieilles idées. Il reste encore un vivier dense de théories à pêcher au hasard de ses inclinations pour revivifier notre pensée toute gargarisée de cosmologie et de science-fiction.. Quant à savoir ce que la Volonté peut gagner à nous faire patauger dans tout ce marasme d’idées parfois géniales, parfois démentes, nous ne sommes pas habilités à le deviner. Schopenhauer est immanent, non transcendant. C’est à la fois son principal défaut et sa plus grande qualité.



Schopenhauer rénove le mythe de la caverne de Platon à l'aune de la Volonté : 

Citation :
« Le matérialisme est un effort pour expliquer par des données médiates ce qui est donné immédiatement. Il considère la réalité objective, étendue, active, en un mot matérielle, comme un fondement si solide, que ses explications ne laissent rien à désirer, du moment qu’elles sont appuyées sur un tel principe, corroboré lui-même par la loi de l’action et de la réaction ; or, cette prétendue réalité objective est une donnée purement médiate et conditionnée ; elle n’a donc qu’une existence toute relative ; la chose, en effet, a dû passer tout d’abord par le mécanisme du cerveau et être transformée par lui, entrer ensuite dans les formes de l’entendement, temps, espace, causalité, avant d’apparaître, grâce à cette dernière élaboration, comme étendue dans l’espace et agissant dans le temps. Et c’est par une donnée de cette nature que le matérialisme se flatte d’expliquer la donnée immédiate de la représentation (sans laquelle la première ne saurait exister), que dis-je ? la volonté elle-même, tandis que c’est elle, au contraire, qui rend intelligible toutes ces forces primitives dont les manifestations sont réglées par la loi de causalité. »


La réflexion ne supporte pas le calme sérieux d'un bureau d'étude trop longtemps. Schopenhauer s'enflamme parfois et révèle le potentiel tragique de sa pensée :

Citation :
« N’est-il pas surprenant, merveilleux même, de voir l’homme vivre une seconde vie in abstracto à côté de sa vie in concreto ? Dans la première, il est livré à toutes les tourmentes de la réalité, il est soumis aux circonstances présentes, il doit travailler, souffrir, mourir, comme les animaux. La vie abstraite, telle qu’elle se présente devant la méditation de la raison, est le reflet calme de la première et du monde où il vit ; elle est ce plan réduit, dont nous parlions plus haut. Là, ce des hauteurs sereines de la méditation, tout ce qui l’avait possédé, tout ce qui l’avait fortement frappé en bas, lui semble froid, décoloré, étranger à lui-même, du moins pour l’instant, il est simple spectateur, il contemple. Quand il se retire ainsi sur les sommets de la réflexion, il ressemble à l’acteur qui vient de jouer une scène et qui, en attendant l’autre, va prendre place parmi les spectateurs, regarde de sang-froid le déroulement de l’action qui se continue sans lui, fût-ce les préparatifs de sa mort, puis revient pour agir et souffrir comme il le doit. »


Influence de la pensée orientale bouddhique ?

Citation :
« Chacun a conscience qu’il est lui-même cette volonté, volonté constitutive de l’être intime du monde ; chacun aussi a conscience qu’il est lui-même le sujet connaissant, dont le monde entier est la représentation ; ce monde n’a donc existence que par rapport à la conscience, qui est son support nécessaire. Ainsi, sous ce double rapport, chacun est lui-même le monde entier, le microcosme ; chacun trouve les deux faces du monde pleines et entières en lui. Et ce que chacun reconnaît comme sa propre essence épuise aussi l’essence du monde entier, du macrocosme ; ainsi, le monde est comme l’individu, partout volonté, partout représentation, et, en dehors de ces deux éléments, il ne reste aucun résidu. »


D'ailleurs, le désespoir de Schopenhauer semble essentiellement provoqué par l'impossibilité de la communion terrestre: 

Citation :
« Si l’intuition pouvait se communiquer, la communication en vaudrait la peine ; mais en définitive, nous ne pouvons sortir de notre peau ; il faut que nous restions enfermés chacun dans notre crâne, sans pouvoir nous venir en aide les uns aux autres. »


L'acte de naissance du concept d'éternel retour de Nietzsche se trouve peut-être ici...

Citation :
« La source d’où émanent les individus et leurs forces est inépuisable et infinie, autant que le temps et que l’espace ; car, comme le temps et l’espace, ils ne sont que le phénomène et la représentation de la volonté. Aucune mesure finie ne peut jauger cette source infinie ; aussi chaque évènement, chaque œuvre étouffée dans son germe a-t-elle encore et toujours l’éternité entière pour se reproduire. Dans ce monde des phénomènes, toute perte absolue est impossible, comme tout gain absolu. »


On le comprend mieux dans cet exemple imagé qui frôle avec la science-fiction à la P. K. Dick...

Citation :
« Je le sais, si j’allais gravement affirmer à quelqu’un l’identité absolue du chat occupé en ce moment même à jouer dans la cour et de celui qui, trois cent ans auparavant, a fait les mêmes bonds et les mêmes tours, je passerais pour un fou ; mais je sais aussi qu’il est bien plus insensé encore de croire à une différence absolue et radicale entre le chat d’aujourd’hui et celui d’il y a trois cent ans. »

Pour un essai de lecture pas forcément pessimiste, il faut se souvenir que toute l'argumentation conduit essentiellement à ce point, ici brillamment conduit : 

Citation :
« Lorsque s’élevant par la force de l’intelligence, on renonce à considérer les choses de la façon vulgaire ; lorsqu’on cesse de rechercher à la lumière des différentes expressions du principe de raison, les seules relations des objets entre eux, relations qui se réduisent toujours, en dernière analyse, à la relation des objets avec notre volonté propre, c’est-à-dire lorsqu’on ne considère plus ni le lieu, ni le temps, ni le pourquoi, ni l’à-quoi-bon des choses, mais purement et simplement leur nature ; lorsqu’en outre on ne permet plus ni à la pensée abstraite, ni aux principes de la raison, d’occuper la conscience, mais qu’au lieu de tout cela, on tourne toute la puissance de son esprit vers l’intuition ; lorsqu’on s’y plonge tout entier et que l’on remplit toute sa conscience de la contemplation paisible d’un objet naturel actuellement présent, paysage, arbre, rocher, édifice ou tout autre ; du moment qu’on s’abîme dans cet objet, qu’on s’y perd, comme disent avec profondeur les Allemands, c’est-à-dire du moment qu’on oublie son individu sa volonté et qu’on ne subsiste que comme sujet pur, comme clair miroir de l’objet, de telle façon que tout se passe comme si l’objet existait seul, sans personne qui le perçoive, qu’il soit impossible de distinguer le sujet de l’intuition elle-même et que celle-ci comme celui-là se confondent en un seul être, en une seule conscience entièrement occupée et remplie par une vision unique et intuitive ; lorsque enfin l’objet s’affranchit de toute relation avec ce qui n’est pas lui et le sujet, de toute relation avec la volonté ; alors, ce qui est ainsi connu, ce n’est plus la chose particulière en tant que particulière, c’est l’Idée, la forme éternelle, l’objectité immédiate de la volonté ; à ce degré, par suite, celui qui est ravi dans cette contemplation n’est plus un individu (car l’individu s’est anéanti dans cette contemplation même), c’est le sujet connaissant pur, affranchi de la volonté, de la douleur et du temps. »


ENFIN, BON, ON S'EN FOUT ! 

Citation :
On se gâte le cerveau, à lire et à étudier constamment.


*peintures de Fernand Khnopff



Cabinet de curiosités schopenhaueriennes



« Il y a quelque chose de féminin, dans la nature de la raison ; elle ne donne que lorsqu’elle a reçu. » 


« D’une physionomie enjouée, on peut conclure à une nature spirituelle, avec d’autant plus de certitude que le visage est plus laid ; de même, d’une physionomie sotte, on pourra conclure d’autant plus sûrement à la sottise, que le visage est plus beau, parce que la beauté, en tant qu’elle est conforme au type humain, porte déjà en soi une expression de clarté intellectuelle ; c’est le contraire pour la laideur. »


« Nous voyons, par exemple, dans la solidification des os un état évidemment analogue à la cristallisation qui dominait à l’origine dans la chaux, bien que l’ossification ne puisse jamais se ramener à une cristallisation. »


« Pour moi, je nourris depuis longtemps l’idée que la quantité de bruit qu’un homme peut supporter sans en être incommodé est en raison inverse de son intelligence, et par conséquent peut en donner la mesure approchée. Aussi, lorsque j’entends, dans la cour d’une maison, les chiens aboyer pendant une heure, sans qu’on les fasse taire, je sais déjà à quoi m’en tenir sur l’intelligence du propriétaire. »


« Il nous est facile, par l’exemple des sourds-muets, de voir combien l’emploi de la raison est subordonnée au langage ; quand on ne leur a appris aucune espèce de langage, ils montrent à peine plus d’intelligence que les orangs-outangs ou les éléphants ; car ils n’ont guère la raison qu’en puissance ; ils ne l’ont pas en acte. »


« Il est de même bon pour l’Allemand d’avoir des mots longs ; comme il pense lentement, ils lui laissent du temps pour réfléchir. »


« Le génie dans la vie pratique est aussi utile qu’un télescope au théâtre. »


« […] aussi une grande activité cérébrale ne va-t-elle pas sans forts battements du cœur, et même, d’après Bichat, sans un cou peu long. »


« […] quand, par suite d’une imperfection de la petite circulation, une partie du sang arrive au cœur sans être oxydée, l’irritabilité devient d’une extraordinaire faiblesse, comme c’est le cas chez les batraciens. »


« En vérité, les atomes sont une idée fixe des savants français, et il semble, à les en entendre parler, qu’ils aient pu les voir. »


« […] Pouchet a démontré victorieusement […] à la fois la réalité de la generatio aequivoca et l’inanité de cette hypothèse extravagante que partout et toujours il flotte dans l’air des millions de germes de tous les champignons possibles, des millions d’œufs de tous les infusoires possibles, jusqu’à ce que l’un ou l’autre vienne à rencontrer une fois par hasard le milieu convenable à son développement. »


« La cause finale du duvet qui entoure les parties génitales, chez les deux sexes, et du Mons Veneris, chez la femme, est d’empêcher chez les individus très maigres, pendant le coït, le contact des os du pubis, qui pourrait exciter la répugnance […]. »


« […] Pour dérober au regard scrutateur de l’adversaire ces indices souvent dangereux dans une négociation ou dans un accident soudain, la nature (qui n’ignore pas que homo homini lupus) a donné à l’homme la barbe. La femme au contraire pouvait s’en passer ; car en elle la dissimulation et la maîtrise de soi-même, « la contenance » sont innées. »


« Ma propre et longue expérience m’a amené à penser que la folie est relativement fréquente surtout chez les acteurs. Mais aussi quel abus ces gens-là ne font-ils pas de leur mémoire ! »


« Les individus blonds recherchent toujours les noirs ou les bruns mais l’inverse se produit rarement. C’est qu’une chevelure blonde et des yeux bleus constituent déjà une variété, presque une grosse anomalie, comme les souris blanches, ou, pour le moins, les chevaux blancs ; cette variété n’appartient en propre à aucune autre partie du monde pas même au voisinage des pôles mais à la seule Europe, et est évidemment d’origine scandinave. »


*photo de Richard Müller, Philosophers, 1918
*photo de Brassaï, Matisse drawing his model in the studio lent to him by Mrs. Callery - an American sculptor, at the Villa d'Alesia, 1939

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