mardi 8 juillet 2014

Pot-Bouille (1882) d'Emile Zola








Dans la Conquête de Plassans, en 1874, Emile Zola écrivait : « La vie entière, c'est fait pour pleurer et pour se mettre en colère ».
Dans Pot-Bouille, huit ans plus tard, Emile Zola avance à nouveau : « On en a pour la vie à pleurer comme des veaux ».


Plèbe ou bourgeoisie, les misères sont de même nature : seul leur degré d’importance varie, occasionnant des répercussions politiques et sociales d’autant plus accrues qu’elles mettent en jeu des personnes de pouvoir. Emile Zola raconte les petites orgies quotidiennes que s’amuse à organiser la classe bourgeoise pour combler le désœuvrement. La chair est triste et la morale est forte. L’adultère est vécu dans la culpabilité et le péché, réduite à être la source de tous les maux de l’humanité. De là, à lire les cris de terreur d’un Emile Zola qui chercherait lui-même à esquiver la tentation, on aurait vite fait de classer Pot-Bouille dans les œuvres-confesses d’un écrivain pécheur sinon par acte, au moins dans la virtualité.


Agaçant comme les protestations d’une vierge effarouchée, hypocrite et sans surprise, Pot-Bouille déshonore les précédents volumes de la série des Rougon-Macquart. A condition d’avoir lu les précédents actes d’Emile Zola, on comprendra que ce Pot-Bouille n’est pas aussi radical qu’il voudrait bien nous le faire croire. Après lecture, on croirait presque que la faute la plus condamnable n’est pas le libertinage mais le désœuvrement d’un lectorat condamné à lire les tristes et ennuyeux adultères des autres.


Citation :
« - Un sous-chef de bureau, continuait la mère ; pas trente ans, un avenir superbe. Tous les mois, ça vous apporte son argent ; c’est solide, il n’y a que ça… Tu as encore fait quelque bêtise, comme avec les autres ?
- Je t’assure que non, maman… Il se sera renseigné, il aura su que je n’avais pas le sou.
Mais madame Josserand se récriait.
- Et la dot que ton oncle doit te donner ! Tout le monde la connaît, cette dot… Non, il y a autre chose, il a rompu trop brusquement… En dansant, vous avez passé dans le petit salon.
Berthe se troubla.
- Oui, maman… Et même, comme nous étions seuls, il a voulu de vilaines choses, il m’a embrassée, en m’empoignant comme ça. Alors, j’ai eu peur, je l’ai poussé contre un meuble…
Sa mère l’interrompit, reprise de fureur.
- Poussé contre un meuble, ah ! la malheureuse, poussé contre un meuble !
- Mais, maman, il me tenait…
- Après ?… Il vous tenait, la belle affaire ! Mettez-donc ces cruches-là en pension ! Qu’est-ce qu’on vous apprend, dites !
Un flot de sang avait envahi les épaules et les joues de la jeune fille. Des larmes lui montaient aux yeux, dans une confusion de vierge violentée.
- Ce n’est pas ma faute, il avait l’air si méchant… Moi, j’ignore ce qu’il faut faire.
- Ce qu’il faut faire ! elle demande ce qu’il faut faire !… Eh ! ne vous ai-je pas dit cent fois le ridicule de vos effarouchements. Vous êtes appelée à vivre dans le monde. Quand un homme est brutal, c’est qu’il vous aime, et il y a toujours moyen de le remettre à sa place d’une façon gentille… Pour un baiser, derrière une porte ! en vérité, est-ce que vous devriez nous parler de ça, à nous, vos parents ? Et vous poussez les gens contre un meuble, et vous ratez des mariages !
Elle prit un air doctoral, elle continua :
- C’est fini, je désespère, vous êtes stupide, ma fille… Il faudrait tout vous seriner, et cela devient gênant. Puisque vous n’avez pas de fortune, comprenez donc que vous devez prendre les hommes par autre chose. On est aimable, on a des yeux tendres, on oublie sa main, on permet les enfantillages, sans en avoir l’air ; enfin, on pêche un mari… Si vous croyez que ça vous arrange les yeux, de pleurer comme une bête ! »

Citation :
"Si dans le peuple, le milieu et l’éducation jettent les filles à la prostitution, le milieu et l’éducation, dans la bourgeoisie, les jettent à l’adultère. »


« Montrer la bourgeoisie à nu, après avoir montré le peuple, et la montrer plus abominable, elle qui se dit l’ordre et l’honnêteté. » 
Emile Zola




*peinture Léda de François Boucher

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