lundi 7 juillet 2014

Mes blagues, ma philosophie (2014) de Slavoj Zizek






Dieu est un plaisantin, la vie est une farce et les philosophes sont les prophètes du message humoristique échu de droit divin. On comprendra enfin pourquoi la triade hégélienne constitue le support infini de toutes les blagues les plus cruelles, sordides et salaces qu’il soit possible d’inventer. Slavoj Zizek, plus accessible qu’un Lacan ou qu’un Hegel (volontairement ?) élitistes, révèle à ses lecteurs l’insoutenable légèreté de l’histoire drôle.



Et si la mère de toutes les blagues était la suivante ?

Citation :
« Ne mange pas le fruit de l’arbre de la connaissance ! » : ce premier interdit est de toute évidence une plaisanterie, une tentation contrariante dont le but n’est pas clair.


De la linguistique, un retournement de situation à se tordre de rire (de cruauté), et des convictions qui foutent le camp. Voici le prolongement de l’hypothèse selon laquelle l’immaculée conception dérive d’une mauvaise traduction de l’hébreu « alma » ("jeune femme" remplacé par "vierge").
Citation :
Il y a aussi de bonnes raisons d’accepter que les soixante-dix « vierges » qui attendent les martyrs au paradis musulman soient le fruit d’une mauvaise traduction : en employant le mot « hur », translittéré en « houris », le Coran se fiait à de vieux textes chrétiens utilisant l’araméen « hur », signifiant « raisins blancs secs », friandise. Prenons un jeune martyr en mission-suicide parce qu’il a pris littéralement la promesse de son leader : « Les portes du Paradis s’ouvrent pour toi. De belles vierges aux yeux noirs t’attendent sur les rives des fleuves de miel. » Imaginez la tête qu’il fera lorsque, se trouvant dans un paradis grouillant de ses collègues assassins, les soixante-dix houris arrivent sous la forme d’une poignée de raisins secs.


Toute blague peut devenir politique :
Citation :
[Dans Les Virtuoses] Le héros raccompagne chez elle une jolie jeune femme qui, en arrivant dans son appartement, lui dit : « Vous entrez prendre un café ? » Il répond : « Il y a un problème, je ne bois pas de café », à quoi elle riposte avec un sourire : « Ce n’est pas un problème, je n’en ai pas. » L’immense force érotique de sa réplique réside dans la façon dont, par une double négation, […] elle prononce une invitation sexuelle si directe qu’elle en est embarrassante, sans jamais parler de sexe. […] Sur le même principe, on peut imaginer un dialogue entre les Etats-Unis et l’Europe fin 2002, alors que l’invasion de l’Irak se préparait. Les Etats-Unis disent à l’Europe : « Vous vous joignez à nous pour attaquer l’Irak afin de trouver les armes de destruction massive ? » ; l’Europe répond : « Mais nous n’avons pas l’équipement nécessaire pour rechercher les armes en question ! » Réponse de Rumsfeld : « Pas de problème, il n’y a pas d’armes de destruction massive en Irak. »


Ou encore, qu'est-ce que le populisme ?
Citation :
Le « populisme » est ainsi par définition un phénomène négatif, un phénomène enraciné dans un refus, et même dans un aveu implicite d’impuissance. Nous connaissons tous la vieille blague du type qui cherche sa clef perdue sous un réverbère : quand on lui demande où il  l’a perdue, il admet que c’était dans un coin sombre. Alors pourquoi la cherche-t-il ici, sous la lumière ? Parce qu’on y voit beaucoup plus clair. Le populisme ressemble toujours un peu à cette histoire. Il cherche chez les Juifs la cause des ennuis, puisque les Juifs sont bien plus visibles que les processus sociaux complexes.


G. W. Bush est également mis à l'honneur... Il triomphe dans les lapsus où une opposition conceptuelle est élevée au niveau de relation dialectique avec soi-même.
G. W. Bush a écrit:
Je pense que nous sommes pris dans une tendance irréversible vers plus de liberté et plus de démocratie, mais cela pourrait changer.


La blague suivante illustre le fait que notre époque est la moins athée de toutes : on peut tout faire (cynisme, scepticisme, exploitation) car nous sommes protégés par la certitude que le grand Autre n’en saura rien (le Poulet).
Citation :
Un homme qui se prend pour un grain de blé est emmené dans un hôpital psychiatrique où les médecins font de leur mieux pour le convaincre qu’il est un être humain ; pourtant, lorsqu’il est guéri (convaincu d’être un humain et non un grain de blé), et qu’on l’autorisé à quitter l’établissement, il revient aussitôt, tremblant et terrorisé. L’homme craint d’être dévoré, ar il y a un poulet devant la porte. « Mon cher ami, lui dit son docteur, vous savez très bien que vous n’êtes pas un grain de blé mais un homme. » « Bien sûr que je le sais, répond le patient, mais le poulet le sait-il ?


Et la meilleure pour la fin : 
Citation :
Alors que sa femme vient de subir une opération longue et risquée, un homme aborde le chirurgien pour connaître l’issue de l’intervention. Le médecin commence : « Votre épouse a survécu, elle vivra probablement plus longtemps que vous. Mais il y a des complications : elle ne pourra plus contrôler les muscles de son anus, donc la merde coulera continuellement de son derrière. Il y aura aussi un flux continu de gelée jaunâtre et nauséabonde qui sortira de son vagin, donc les rapports sexuels sont exclus. Et un dysfonctionnement buccal fera retomber la nourriture de sa bouche ». Remarquant la panique sur le visage du mari, le chirurgien lui donne une tape amicale sur l’épaule et sourit : « Ne vous en faites pas, je plaisantais ! Tout va bien, elle est morte pendant l’opération.


image de Julien Pacaud

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