mercredi 2 juillet 2014

Les Annales du Disque-Monde – Tome 8 : Au guet ! (1997) de Terry Pratchett






L’histoire est mauvaise et ne vaut pas grand-chose. Terry Pratchett ne se sentira pas insulté car l’acte de naissance de la série des Annales du Disque-Monde se justifie par la volonté de parodier les interminables et éprouvantes chroniques de fantasy. En revanche, la verve et le cynisme sont éblouissants bien que, comme l’écrit l’auteur lui-même : « S’il y avait une chose qui le déprimait davantage que son propre cynisme, c’était bien de le trouver souvent moins cynique que la vie réelle ». 


L’histoire balourde des dragons vous fait piquer du nez et aussitôt, Terry Pratchett vous lance une claque verbale qui fait crier au génie. On reste sur des jeux de mots d’apparence frivole, énoncés dans un contexte grotesque où l’absurde et la dérision sont les seuls règles qui vaillent. Toutefois, le mot fait son effet, l’histoire drôle tend malgré tout à prendre la forme d’une vérité éternelle. 


« Il était le premier à voir le dragon d’Ankh-Morpork. Ce qui lui faisait une belle jambe, maintenant qu’il était mort. »


L’humour noir et le cynisme de Terry Pratchett ne visent aucun être vivant en particulier –qu’il soit homme, dragon ou singe-bibliothécaire- mais il s’en prend à la VIE en elle-même, stupide agglomérat de trucs et de bidules qui a même permis aux séries de fantasy d’exister. Heureusement, il existe des remèdes à ces entités à la présence inexplicable, et cela pourrait être, par exemple, un film des Monty Python, dont Terry Pratchett ne s’éloigne jamais dangereusement.


Merci à l’Ami bienfaiteur qui m’a encouragé à lire cette histoire malgré ma mauvaise volonté : bien que je n’ai rien appris et bien que l’histoire ne m’ait pas passionnée, je me suis toutefois régalée avec les bons mots d’un Terry Pratchett plus philosophe qu’un triste Kant...



Best-of :


Citation :
« La découverte qu’on est mort est atténuée par une autre : qu’il existe encore un « on » pour s’en apercevoir. »


Citation :
« Au-dessus de la porte on lisait avec peine, dans l’antique langue de la cité, une devise désormais quasi rongée par le temps, la saleté et le lichen :
FABRICATI VOLVPTATEM, CONNARDVS.
Ce qui signifiait, selon le sergent Côlon qui avait servi dans des pays étrangers et se qualifiait d’expert en langues : « Protéger et Servir ». »


Citation :
« L’expression « A voleur, voleur et demi » en avait à l’époque supplanté une autre qui disait : « Il faut un voleur pour attraper un voleur », laquelle avait elle-même (après des démarches véhémentes de la Guilde des Voleurs) remplacé un proverbe typiquement morporkien beaucoup plus ancien qui, lui, prétendait : « Il faut un grand trou aux parois truffées de ressorts, de fils de détente, de lames de couteaux tournoyantes mues par la force hydraulique, de verre pilé et de scorpions pour attraper un voleur ». »


Citation :
« […] L’homme était visiblement coupable. Pas forcément coupable d’un délit précis. Coupable d’une façon générale. »


Citation :
« On est comme ça, à Ankk-Morpork. Quand on ne peut ni vaincre ni corrompre, on fait semblant d’avoir toujours été d’accord. »


On irait Une fleur pour Algernon ?  mdr2

Citation :
« Vimaire attira vers lui un morceau de papier. Il regarda les notes qu’il avait prises la veille :
- Draggon lourd, et pourtant il vole très byen.
- Feu très chaud, pourtant sort d’un estre vyvant.
- Draggons des marays de gentylles petites bestes, pourtant cette forme monstrueuse a développé une grande puyssance.
- D’où il vyent, on ne sayt pas, ni où il va, ni où il attend entretemps. »

*peinture de Paolo Uccello, Saint Georges terrassant le dragon, 1470

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