samedi 28 juin 2014

Lexique des termes littéraires (2009) dirigé par Michel Jarrety







Ça a l’air aussi monotone qu’un dictionnaire et plus rébarbatif qu’une méthode de grammaire : le Lexique des termes littéraires porte un titre qui ne fait pas honneur aux merveilles de sa conception pédagogique.

Les articles sont rédigés par un groupe de quelques professionnels francophiles dont les voix alternent afin d’éviter toute monotonie de style. Ils ne s’en tiennent jamais à des rudiments de définitions pour lecteurs pressés et s’ils parviennent malgré tout à la concision efficace, ils n’oublient jamais de ramener l’étude littéraire à ce qu’elle a de plus passionnant : ses applications concrètes :

- D’ordre étymologique, l’ancrage historique du français nous rappelle que les mots ne sont pas dénués de sens et nous relient à une communauté d’êtres humains aussi démunis que nous dans leur recherche de signification. On apprendra par exemple que le mot « symbole » vient du grec sumbolon, « signe de reconnaissance, objet coupé en deux dont on rapprochait les deux parties pour former le tout initial) ». 

- D’ordre historique, les dénominations rébarbatives apprises par cœur à l’école trouveront une dimension nouvelle. En sciences, on se tourne souvent vers ses origines. Pourquoi ne ferait-on pas de même en littérature ? La question pourrait être aussi simple que la suivante : pourquoi l’alexandrin ? Réponse : « L‘alexandrin est employé pour la première fois au début du XIIe siècle, mais ce nom lui a été donné au XVe siècle d’après un poème en vers de douze syllabes sur Alexandre le Grand, composé à la fin du XIIe siècle. »

- D’ordre ludique, la littérature n’est pas seulement dévouée à la gloire des professeurs classiques. Derrière des termes aux sonorités barbares se cachent souvent des réserves potentielles d’humour destinées à ceux que seul l’étrange émoustille encore : « Kakemphaton (n. m. du grec kakemphatos, « malsonnant », d’où « inconvenant »). Suite de sons malencontreuse qui aboutit à une équivoque involontaire. Exemple du vers 42 de Polyeucte de Corneille : Et le désir s’accroît quand l’effet se recule »

- D’ordre ethnologique si d’autres paradigmes impliquent d’autres mœurs. La façon de vivre la littérature peut nous révéler  d’étonnants aspects d’un peuple ou d’une époque. Pourrions-nous encore aujourd’hui interpréter le genre des « mystères » médiévaux ? « La représentation d’un mystère était une entreprise d’une très vaste envergure, qui pouvait s’étendre sur plusieurs jours en raison de la longueur des textes (62 000 vers pour le Mystère des Actes des Apôtres) et se présentait comme un spectacle total, avec des dizaines, voire des centaines de personnages. Elle a été définitivement interdite par le Parlement de Paris en 1548, en raison des troubles causés à l’ordre public. »


Et pour l’amusement, et pour le plaisir, et pour l’érudition, ce livre ne se contente pas de relater des termes littéraires dans une litanie désincarnée. Au contraire truffée de références vivantes et de citations pertinentes, ce Lexique permet de s’élever d’une progression alphabétique à un appétit de nouvelles lectures insoupçonnées.



ALLEGORIE

Citation :
« Au Moyen Age, l’allégorie n’est pas seulement un procédé rhétorique (un trope), elle se veut un moyen de connaissance et d’explication du monde : elle repose en effet sur la théorie des quatre sens de l’Ecriture, issue des traditions exégétiques. Selon l’exégèse biblique dite quadripartite, les Ecritures saintes superposent quatre sens : sens littéral (ou historique : l’événement tel qu’il est relaté), sens tropologique (ou moral : le précepte qu’il suggère), sens typologique (ou spirituel), sens eschatologique (ce qu’il annonce des fins dernières). »


GOLIARDS

Citation :
Clercs vaguants qui n’ont pas réussi à obtenir d’emploi après leurs études universitaires, et qui ne sont pas entrés dans la hiérarchie de l’Eglise. […] Leur poésie se présente comme une célébration des plaisirs temporels : vin, nourriture, sexualité (ainsi des Carmina burana), mêlée d’une verve satirique qui fustige les vices de la hiérarchie ecclésiastique. A poésie goliardique est souvent parodique et mêle au latin des bribes de langue vulgaire. »


PARALITTERATURE


Citation :
Terme qu’on préfèrera à celui de « littérature populaire » employé parfois. Forme de littérature de grande diffusion, destinée à la consommation. La paralittérature n’est pas intégrée dans le canon social de la littérature. Il s’agit du roman policier, du roman pornographique, du roman à l’eau de rose à la manière de Barbara Cartland ou de Delly. On peut ajouter le roman-feuilleton, le roman-photos et le théâtre de boulevard. »



*peinture de Félix Labisse

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