lundi 2 juin 2014

Eurêka (1848) d'Edgar Allan Poe








Pas besoin de formation scientifique pour parler d’astrophysique et d’astronomie : Edgar Allan Poe revendique une méthode personnelle basée sur l’instinct poétique, qui est aussi l’instinct de symétrie, « essence poétique de l’Univers, de cet Univers qui, dans la perfection de sa symétrie, est simplement le plus sublime des poèmes ». 

Beaucoup des affirmations qu’avance Edgar Allan Poe dans son essai poétique à la destination des cieux sentent l’opium –mais peut-être doit-on ces relents à son traducteur, l’illustre Charles Baudelaire. Dans un mélange orientalisant et baroque, les théorèmes de Newton, Kepler ou Copernic sont confirmés une nouvelle fois par l’intuition d’une Unité originelle vers laquelle tendraient tous les atomes de notre univers. En envisageant ces phénomènes d’un point de vue poétique, la vie devient une succession de spasmes s’échelant de contraction en rétraction. 


Edgar Allan Poe n’a pas la prétention de revendiquer une position d’autorité et s’il n’affirme pas avoir raison au-delà des autres contributeurs à la pensée scientifique, il ne nie pas non plus avoir tort de la même façon qu’eux. Eurêka se plaît également à démontrer l’inconsistance des axiomes et des méthodes prétendument scientifiques. « Il n’est pas de démonstration mathématique qui puisse apporter la moindre vraie preuve additionnelle à la grande Vérité que j’ai avancée, à savoir que l’Unité Originelle est la source, le principe des Phénomènes Universels ».


Eurêka signe la fin d’une longue œuvre. Suscitée dans le tourment de la maladie, elle éclairera peut-être certains textes d’Edgar Allan Poe –notamment Double Assassinat dans la rue Morgue- et assouplira l’esprit du scepticisme. Puisque l’on peut douter de tout, et même des méthodes scientifiques, alors on ne doit douter de rien –et surtout pas d’un poème scientifique en prose. 






Ne nous méprenons pas...

Citation :
« Le mot infini, comme les mots Dieu, esprit et quelques autres expressions, dont les équivalents existent dans toutes les langues, est, non pas l’expression d’une idée, mais l’expression d’un effort vers une idée. Il représente une tentative possible vers une conception impossible. L’homme avait besoin d’un terme pour marquer la direction de cet effort, le nuage derrière lequel est situé, à jamais invisible, l’objet de cet effort. […] De cette nécessité est résulté le mot Infini, qui ne représente ainsi que la pensée d’une pensée. »


Sur la suffisance des preuves de Poe : 

Citation :
« Ainsi, selon les écoles, je ne prouve rien. Soit. Je n’ai pas d’autre ambition que de suggérer, — et de convaincre par la suggestion. J’ai l’orgueilleuse conviction qu’il existe des intelligences humaines profondes, douées d’un prudent discernement, qui ne pourront pas s’empêcher d’être largement satisfaites de mes simples suggestions. Pour ces intelligences, — comme pour la mienne, — il n’est pas de démonstration mathématique qui puisse apporter la moindre vraie preuve additionnelle à la grande Vérité que j’ai avancée, à savoir que l’Unité Originelle est la source, le principe des Phénomènes Universels. »


Une suggestion de l'existence d'univers fractaux, imbriqués les uns dans les autres ?

Citation :
« Si je m’avise de déplacer, ne fût-ce que de la trillionième partie d’un pouce, le grain microscopique de poussière posé maintenant sur le bout de mon doigt, quel est le caractère de l’action que j’ai eu la hardiesse de commettre ? J’ai accompli un acte qui ébranle la Lune dans sa marche, qui contraint le Soleil à n’être plus le soleil, et qui altère pour toujours la destinée des innombrables myriades d’étoiles qui roulent et flamboient devant la majesté de leur Créateur. »


Texte intégral : ICI


*illustration de Jean-Pierre Luminet

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