jeudi 1 mai 2014

Retables, l’âge gothique et la Renaissance (2001) de Caterina Limentani Virdis







Son format n’est pas aussi gigantesque qu’un retable mais proportionnellement à un livre d’art classique, cet ouvrage se rapproche de leur démesure et constitue un monument à la gloire d’une trentaine de retables parmi les plus respectés de l’âge Gothique et de la Renaissance. 


Outre une description claire et détaillée des scènes figurant sur chaque volet de ces œuvres, Caterina Limentani Virdis retrace précisément leur histoire, de leur commande à leur réalisation, soulevant parfois les mystères liés à l’identification de leurs auteurs ou la complexité de collaborations nécessitant parfois des décennies. Les interprétations et la symbolique des retables achevés posent parfois elles-mêmes problèmes et ont suscité, parmi leur public, un travail de décodage clairement restitué. 


Caterina Limentani Virdis condense toutes ces informations en ne dépassant jamais plus de cinq pages par retable. La suite de la présentation se constitue alors d’agrandissements minutieux des nombreuses scènes de chaque œuvre et nous laisse percevoir la richesse et la somptuosité d’œuvres ne reniant pas le lien étroit entre les scènes bibliques, leur souffle épique et la dramatisation de leurs émois.


Retable de l’agneau mystique, Jan van Eyck et Hubert van Eyck










Citation :
L’iconographie, très ambitieuse, est soutenue par des connaissances théologiques et doctrinales extrêmement tendues. […] Le thème principal est inspiré de l’Apocalypse de Saint-Jean, bien que d’autres concepts aient été tirés des passages de l’Ancien et du Nouveau Testament, des écrits des pères de l’Eglise, du sermon d’Honorius d’Autun, de la Légende dorée de Jacques de Voragine et de certains classiques latins. […] Il est évident que ni le mystique et érudit Hubert van Eyck, responsable du projet d’ensemble, ni l’aristocratique homme d’affaires qui l’a commandé […] ne peuvent être considérés comme les auteurs du plan tout entier. Le nom d’Olivier de Langhe, prieur de l’église Saint-Jean de Gand et auteur d’un traité sur le sacrement de l’Eucharistie, a été avancé. Le credo de Langhe est reconnaissable dans l’image complexe de la nature, de la foi et de la doctrine qui jaillit de cette transposition picturale exceptionnelle opérée par les Van Eyck.


Retable des pères de l’église











Citation :
On a longtemps cru que les quatre scènes des panneaux extérieurs avaient trait à la vie de saint Wolfgang. […] L’analyse iconographique des volets a été reprise par Goldberg qui a réussi à reconstituer les quatre scènes des panneaux extérieurs et les a […] rattachés à des épisodes de la vie de saint Augustin. Récemment, […] Innerhofer a émis l’hypothèse que les volets extérieurs pourraient se rapporter à la vie de Saint Thomas Becket.


Retable d'Issenheim















Citation :
Le premier impact est d’une puissance extraordinaire et terrifiante ; beaucoup de visiteurs du musée de Colmar le comparent au choc émotionnel éprouvé dans la Chapelle Sixtine. La scène représentée par les panneaux de la face extérieure du retable est en effet une crucifixion, spasmodique et lugubre, se détachant sur un arrière-plan plombé plus que livide. La grande croix et le Christ tordu et lacéré, comme sculpté dans un bois vermoulu, souvenir précis de toute la sculpture gothique nordique, l’arc douloureux du voile blanc de la Vierge, repris et souligné par l’attitude de la minuscule Madeleine, la pose tragique du Baptiste, évoquant la Déisis, tout cet ensemble constitue une nouveauté absolue dans l’histoire de l’iconographie et va bien au-delà des interprétations cosmologiques qui ont été données. La lisibilité absolue et l’orthodoxie de chaque élément, transporté cependant par une passion perverse pour la douleur et la souffrance, donnent un résultat complètement inédit.

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