mercredi 16 avril 2014

La Promesse (1958) de Friedrich Dürrenmatt







Tout livre contient une promesse : celle de nous délivrer l’idée d’un auteur. La promesse de Dürrenmatt est imbriquée ; peut-être parce qu’il n’en a pas lui-même, il nous livre ici celle de l’inspecteur Matthieu. Les récits se cumulent et la narration commence lorsqu’un conférencier, invité en représentation dans un petit coin perdu de la Suisse, remarque le comportement étrange d’un vieillard qui jure aux grands dieux, assis seul près d’une borne d’essence. L’accompagnateur du conférencier se lance alors dans le grand récit de ce vieillard. Les histoires se mêlent et se conjuguent : discours du conférencier sur l’art de la fiction policière, parcours autobiographique d’un inspecteur policier, réflexions et conversation des deux personnages sur l’histoire qu’ils réinventent –dans le sens où tout témoignage, même celui se voulant le plus objectif possible, interroge à nouveau les faits et ne peut s’empêcher de leur imposer une courbure spécifique.


La promesse qui a transformé un inspecteur de police promis aux fonctions les plus glorifiantes en un vieillard buriné par l’obsession met un temps fou à nous être délivrée. Le récit traîne, ralenti par cette foule de petits détails que certains interlocuteurs bavards aiment incorporer à leurs discours. Charmante lorsqu’on ne s’attarde pas, lassante dans tous les autres cas, La promesse prend la forme d’une histoire policière quelconque. En tant que telle, elle plaira à ceux qui affectionnent le genre et agacera les autres. Toute enquête policière, tout mystère juridique, poursuit un achèvement symbolique. L’histoire édifiante prend alors la forme d’une maxime. On appréciera d’autant mieux l’histoire que le chemin pour conduire au symbole voire le symbole lui-même seront percutants. La promesse aurait pu correspondre à ce critère si Friedrich Dürrenmatt, excité par ce qu’il se voyait commettre comme innovation fictionnelle, n’avait pas jalonné son roman d’auto-observations théoriques. En nous rappelant sans cesse quelle orientation aurait pris un roman policier classique, et en se persuadant que la Promesse ne correspond pas à ce schéma, tout facteur de surprise disparaît. Si l’art de l’écrivain doit s’atténuer au profit d’un plus grand réalisme, la Promesse doit alors se constituer en reflet de la platitude même de l’existence quotidienne dont la longueur des attentes, et la monotonie des évènements, nous sont sans cesse rappelées.





Telle était la promesse du livre...

Citation :
« Opter pour la folie en guise de méthode, c’est peut-être assez héroïque et c’est certainement très courageux, je l’admets volontiers, puisque tous les excès ont quelque chose d’impressionnant de nos jours ; mais si jamais cette méthode manque son but, si elle ne vous conduit pas au résultat visé, alors, je le crains fort, il ne vous restera que la folie elle-même ! »

...mais l'impression que Dürrenmatt s'est éclipsé avant de l'accomplir.


photo de Noah Doely

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