jeudi 27 mars 2014

Paulina 1880 (1925) de Pierre Jean Jouve






Paulina est moins une jeune fille singularisée par les fréquentes incursions que Jouve nous permet d’effectuer dans ses pensées, qu’un cliché ambulant dont toute la vie ne sera réduite qu’à une seule dualité : dilection chaste ou plaisir charnel ? Paulina succombe à l’atmosphère vénéneuse d’une Italie sensuelle puis se précipite dans les églises ou les couvents pour expier frénétiquement ses émotions, dans un mélange de colère et de passion. 


Pierre Jean Jouve nous surprend parfois par ses changements de focalisation. Paulina, seulement décrite d’un point de vue extérieur, se livre parfois brutalement comme si son esprit s’ouvrait aux inspections, et son séjour au couvent devient l’occasion de lire les pages de son journal, dont le style poétique médiocre nous plonge parfois dans un grand embarras : 


« Délices !
Il m’a, il m’a.
Il m’a, plongée dans l’Amour
Profondément, il m’a immergée dans l’Amour amoureusement. »



Tout n’est que poses, figures figées destinées à composer une scène orientalisante, et ceci sans considération pour la complexité de la personnalité de Paulina. Pierre Jean Jouve ne s’intéresse à celle-ci qu’afin de parfaire l’impudicité de ses descriptions. Fantasme d’écrivain, Paulina se languit et s’ouvre aux hommes, puis se mortifie et hurle de douleur devant les icônes religieuses, comme s’il s’agissait surtout d’assouvir les désirs d’un homme en images textuelles. Paulina se réduit à un archétype fantasmé et chacune des poses extrêmes qu’elle revêt, dans la dilection ou la sensualité, est un tableau destiné au goût de Pierre Jean Jouve. Reste à partager le goût de l’écrivain, au risque de l’abandonner à ses fantasmes en cours de chemin.



A peine caricatural :

Citation :
« Mon père, venez à mon secours : je veux être pure, comme l’acier et comme l’eau. Entrer dans les ordres ; me mortifier ; blesser mon corps ; élever mon âme. Non pas encore. Je suis trop folle. Je veux avoir le monde à moi. Milan, les hommes, tout. C’est trop beau, c’est trop beau ! ah, quelle pècheresse je suis. »


Le fantasme, selon l'écrivain :

Citation :
« Paulina était nue.
Etre nue c’est être absolue enfin. Elle se sentait nue dans son ventre enveloppé d’ombre, dans ses deux mamelles visibles dont les pointes durcissaient à l’air frais, dans sa chevelure déployée, dans l’intérieur de son esprit. » 


*peinture de Clovis Trouille

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